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( , , ) 1840- . . . . , . , . 1873 1886. ( ). : . . . (., 1886); . . . (., 1900); . . (., 1911) .

1930. . < >, 1844. Allgemeine Zeitung . . (., 1962). 1935. (. 1921) <>, . 1988. (. 97) . (1992. 1) <>.

XIXXX.

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. (. . . . . ) (. . . . II. , 1999). . . , (The Slavonic Review. 1924. Vol. 3. 8) , . , ( . . 97). , , (. . ) , , , - - - .

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19.März. Ich las in der Beilage Nr. 78 der Allg. Zeitung vom 18. März einen Artikel über das russische Heer im Kaukasus. Unter andern sonderbarlichen Dingen findet sich darin eine Stelle, deren Bedeutung ungefähr folgende ist: der russische Soldat sey oftmals dasselbe was der französische Galeeren-sträfling. Der ganze übrige Artikel ist, seiner Richtung nach, im Grunde nur die Entwicklung dieses Satzes. Werden Sie einem Russen zwei kurze Bemerkungen hierüber gestatten? Diese schönen Dinge schreibt und veröffentlicht man in Deutschland im Jahr 1844. Nun, die Leute, welche man auf solche Weise den Galeerensträflingen zur Seite stellt, sind dieselben die vor kaum dreißig Jahren auf den Schlachtfeldern ihres Vaterlandes in Strömen ihr Blut vergossen, um Deutschlands Befreiung zu sichern, das Blut dieser Galeerensträflinge, das in eins zusammengeflossen mit dem Ihrer Väter und Ihrer Brüder, hat Deutschlands Schmach abgewaschen und ihm seine Unabhängigkeit und Ehre wieder errungen. Dies meine erste Bemerkung. Die zweite ist folgende: wenn Sie einem Veteranen der Napoleonischen Heere begegnen, ihn an seine ruhmreiche Vergangenheit erinnern und fragen, wer unter den Gegnern, die er auf allen Schlachtfeldern Europas zu bekämpfen gehabt, derjenige gewesen den er am meisten geschätzt, der nach einzelnen Niederlagen den stolzesten Blick gezeigt: so läßt sich zehn gegen eins wetten der Napoleonische Veteran werde Ihnen den russischen Soldaten nennen. Durchwandern Sie die Departemente Frankreichs, in welchen der fremde Einfall im Jahre 1814 seine Furchen gezogen, und fragen Sie jetzt die Bewohner dieser Provinzen welcher Soldat unter den Truppen des feindlichen Heeres beständig die größte Menschlichkeit, die höchste Mannszucht, die geringste Feindseligkeit gegen den friedlichen Einwohner, den entwaffneten Bürger gezeigt, so läßt sich hundert gegen eins wetten, man werde Ihnen den russischen Soldaten nennen. Wollen Sie aber wissen welches der ungezügelste, der raubsüchtigste gewesen, o dann ist es nicht mehr der russische Soldat. Dies die wenigen Betrachtungen, die ich Ihnen über den fraglichen Artikel zu machen hatte; ich verlange nicht, daß Sie dieselben Ihren Lesern mittheilen. Diese und viele andere daran sich knüpfende Betrachtungen leben Sie wissen es so gut wie ich in Deutschland in aller Herzen, und darum bedürfen sie auch durchaus keines Raumes in einem öffentlichen Blatte. In unsern Tagen gibt es Dank der Presse jenes unverletzliche Geheimnis nicht mehr, das die Franzosen das Geheimnis der Komödie nennen; man ist in allen Ländern, wo Öffentlichkeit der Presse herrscht, dahin gekommen, daß niemand über den innersten Grund einer gegebenen Lage zu sagen wagt, was jedermann davon denkt. Dies ist auch der Grund, warum ich Ihnen das Wort des Räthsels über die Stimmung der Gemüther in Deutschland gegen die Russen nur leise zuflüstere. Die Deutschen haben, nach Jahrhunderten der Zerrissenheit und nach Jahren politischen Todes, ihre Nationalität nur mit dem hochherzigen Beistande Rußlands wieder gewinnen können; jetzt bilden sie sich ein, sie könnten sie vervollständigen durch Undankbarkeit. Ach, sie täuschen sich. Sie beweisen damit bloß, daß sie sich annoch schwach fühlen.

Lettre à M. le docteur Gustave Kolb, rédacteur de la Gazette Universelle*

Monsieur le Rédacteur,

Laccueil que vous avez fait dernièrement à quelques observations que jai pris la liberté de vous adresser, ainsi que le commentaire modéré et raisonnable dont vous les avez accompagnées, mont suggéré une singulière idée. Que serait-ce, monsieur, si nous essayions de nous entendre sur le fond même de la question? Je nai pas lhonneur de vous connaître personnellement. En vous écrivant cest donc à la Gazette Universelle dAugsbourg que je madresse. Or, dans létat actuel de lAllemagne, la Gazette dAugsbourg est quelque chose de plus, à mes yeux, quun journal. Cest la première de ses tribunes politiques Si lAllemagne avait le bonheur dêtre une, son gouvernement pourrait à plusieurs égards adopter ce journal pour lorgane légitime de sa pensée. Voilà pourquoi je madresse à vous. Je suis Russe, ainsi que jai déjà eu lhonneur de vous le dire, Russe de cœur et dâme, profondément dévoué à mon pays, en paix avec mon gouvernement et, de plus, tout à fait indépendant par ma position. Cest donc une opinion russe, mais libre et parfaitement désintéressée, que jessayerai dexprimer ici Cette lettre, comprenez-moi bien, sadresse plus encore à vous, monsieur, quau public. Toutefois vous pouvez en faire tel usage quil vous plaira. La publicité mest indifférente. Je nai pas plus de raisons de léviter que de la rechercher Et ne craignez pas, monsieur, quen ma qualité de Russe, je mengage à mon tour dans la pitoyable polémique qua soulevée dernièrement un pitoyable pamphlet. Non, monsieur, cela nest pas assez sérieux.

Le livre de M. de Custine est un témoignage de plus de ce dévergondage de lesprit, de cette démoralisation intellectuelle, trait caractéristique de notre époque, en France surtout, qui fait quon se laisse aller à traiter les questions les plus graves et les plus hautes, bien moins avec la raison quavec les nerfs, quon se permet de juger un Monde avec moins de sérieux quon nen mettait autrefois à faire lanalyse dun vaudeville. Quant aux adversaires de M. de Custine, aux soi-disant défenseurs de la Russie, ils sont certainement plus sincères, mais ils sont bien niais Ils me font leffet de gens qui, par un excès de zèle, ouvriraient précipitamment leur parasol pour protéger contre lardeur du jour la cime du Mont-Blanc Non, monsieur, ce nest pas de lapologie de la Russie quil sera question dans cette lettre. Lapologie de la Russie!.. Eh, mon Dieu, cest un plus grand maître que nous tous qui sest chargé de cette tâche et qui, ce me semble, sen est jusquà présent assez glorieusement acquitté. Le véritable apologiste de la Russie cest lHistoire, qui depuis trois siècles ne se lasse pas de lui faire gagner tous les procès dans lesquels elle a successivement engagé ses mystérieuses destinées En madressant à vous, monsieur, cest de vous-même, de votre propre pays, que je prétends vous entretenir, de ses intérêts les plus essentiels, les plus évidents, et sil est question de la Russie, ce ne sera que dans ses rapports immédiats avec les destinées de lAllemagne.

A aucune époque, je le sais, les esprits en Allemagne nont été aussi préoccupés quils le sont de nos jours du grand problème de lunité germanique Eh bien, monsieur, vous surprendrai-je beaucoup, vous, sentinelle vigilante et avancée, si je vous disais quau beau milieu de cette préoccupation générale un œil un peu attentif pourrait signaler bien des tendances, qui, si elles venaient à grandir, compromettraient terriblement cette œuvre de lunité à laquelle tout le monde a lair de travailler Il y en a une surtout fatale entre toutes Je ne dirai rien qui ne soit dans la pensée de tout le monde, et cependant je ne pourrais pas dire un mot de plus, sans toucher à des questions brûlantes; mais jai la croyance, que de nos jours, comme au Moyen-Age, quand on a les mains pures et les intentions droites, on peut impunément toucher à tout

Vous savez, monsieur, quelle est la nature des rapports qui unissent, depuis trente ans, les gouvernements de lAllemagne, grands et petits, à la Russie. Ici je ne vous demande pas ce que pensent de ces rapports telle ou telle opinion, tel ou tel parti; il sagit dun fait. Or le fait est que jamais ces rapports nont été plus bienveillants, plus intimes, que jamais entente plus sincèrement cordiale na existé entre ces différents gouvernements et la Russie Monsieur, pour qui vit sur le terrain de la réalité et non dans le monde des phrases, il est clair que cette politique est la vraie, la légitime politique de lAllemagne, sa politique normale, et que ses souverains, en maintenant intacte cette grande tradition de votre époque de régénération, nont fait quobéir aux inspirations du patriotisme le plus éclairé Mais encore une fois, monsieur, je ne prétends pas au don des miracles, je ne prétends pas faire partager cette opinion à tout le monde, surtout pas à ceux qui la considèrent comme leur ennemie personnelle Aussi bien ce nest pas dune opinion quil sagit pour le moment, cest dun fait, et le fait, ce me semble, est assez visible et assez palpable pour rencontrer peu dincrédules

A côté et en regard de cette direction politique de vos gouvernements, ai-je besoin de vous dire, monsieur, quelle est limpulsion, quelles sont les tendances que depuis une dizaine dannées on travaille sans relâche à imprimer à lopinion allemande à légard de la Russie? Ici encore je mabstiendrai pour le moment dapprécier à leur juste valeur les griefs, les accusations de tout genre quon ne cesse daccumuler contre elle avec une persévérance vraiment étonnante. II ne sagit ici que du résultat obtenu. Ce résultat, il faut lavouer, sil nest pas consolant, est à peu près complet. Les travailleurs sont en droit dêtre contents de leur journée. Cette même puissance que les grandes générations de 1813 saluaient de leur enthousiaste reconnaissance, cette puissance dont lalliance fidèle, dont lamitié active et désintéressée na pas failli une seule fois depuis trente ans ni aux peuples, ni aux souverains de lAllemagne, on a réussi, grâce aux refrains dont on a bercé lenfance de la génération actuelle, on a presque réussi, dis-je, à transformer cette même puissance en épouvantail pour un grand nombre dhommes appartenant à notre génération, et bien des intelligences viriles de notre époque nont pas hésité à rétrograder jusquà la candide imbécillité du premier âge, pour se donner la satisfaction de voir dans la Russie logre du XIX-e siècle.

Tout cela est vrai. Les ennemis de la Russie triompheront peut-être de ces aveux; mais quils me permettent de continuer.

Voilà donc deux tendances bien décidément opposées; le désaccord est flagrant et il saggrave tous les jours. Dun côté vous avez les souverains, les cabinets de lAllemagne avec leur politique sérieuse et réfléchie, avec leur direction déterminée, et dautre part un autre souverain de lépoque lopinion, qui sen va où les vents et les flots la poussent.

Monsieur, permettez-moi de madresser à votre patriotisme et à vos lumières: que pensez-vous dun pareil état de choses? Quelles conséquences en attendez-vous pour les intérêts, pour lavenir de votre patrie? Car, comprenez-moi bien, ce nest que de lAllemagne quil sagit en ce moment Mon Dieu, si lon pouvait se douter, parmi vous, combien peu la Russie est atteinte par toutes ces violences dirigées contre elle, peut-être cela ferait réfléchir jusquà ses ennemis les plus acharnés

Il est évident quaussi longtemps que la paix durera, ce désaccord namènera aucune perturbation grave et manifeste; le mal continuera à couler sous terre; vos gouvernements, comme de raison, ne changeront pas leur direction, ne bouleverseront pas de fond en comble toute la politique extérieure de lAllemagne pour se mettre à lunisson de quelques esprits fanatiques ou brouillons; ceux-ci, sollicités, poussés par la contradiction, ne croiront pas pouvoir sengager assez avant dans la direction la plus opposée à celle quils réprouvent, et cest ainsi que, tout en continuant à parler de lunité de lAllemagne, les yeux toujours tournés vers lAllemagne, ils sapprocheront pour ainsi dire à reculons vers la pente fatale, vers la pente de labîme, où votre patrie a déjà glissé plus dune fois Je sais bien, monsieur, que tant que nous conserverons la paix, le péril que je signale ne sera quimaginaire Mais vienne la crise, cette crise dont le pressentiment pèse sur lEurope, viennent ces jours dorage, qui mûrissent tout en quelques heures, qui poussent toutes les tendances à leurs conséquences les plus extrêmes, qui arrachent leur dernier mot à toutes les opinions, à tous les parties monsieur, quarrivera-t-il alors? Serait-il donc vrai quil y ait pour les nations plus encore que pour les individus une fatalité inexorable, inexpiable? Faut-il croire quil y ait en elles des tendances plus fortes que toute leur volonté, que toute leur raison, des maladies organiques que nul art, nul régime ne peuvent conjurer?.. En serait-il ainsi de cette terrible tendance au déchirement que lon voit, comme un phénix de malheur, renaître à toutes les grandes époques de lhistoire de votre noble patrie? Cette tendance, qui a éclaté au Moyen-Age par le duel impie et antichrétien du Sacerdoce et de lEmpire, qui a déterminé cette lutte parricide entre lempereur et les princes, puis, un moment affaiblie par lépuisement de lAllemagne, est venue se retremper et se rajeunir dans la Réformation, et, après avoir accepté delle une forme définitive et comme une conjuration légale, sest remise à lœuvre avec plus de zèle que jamais, adoptant tous les drapeaux, épousant toutes les causes, toujours la même sous des noms différents jusquau moment où, parvenue à la crise décisive de la guerre de Trente Ans, elle appelle à son secours létranger dabord, la Suède, puis sassocie définitivement lennemi, la France, et grâce à cette association de forces, achève glorieusement en moins de deux siècles la mission de mort dont elle était chargée.

Ce sont là de funestes souvenirs. Comment se fait-il quen présence de souvenirs pareils vous ne vous sentiez pas plus alarmé par tout symptôme qui annonce un antagonisme naissant dans les dispositions de votre pays? Comment ne vous demandez-vous pas avec effroi si ce nest pas là le réveil de votre ancienne, de votre terrible maladie?

Les trente années qui viennent de sécouler peuvent assurément être comptées parmi les plus belles de votre histoire; depuis les grands règnes de ses empereurs saliques jamais de plus beaux jours navaient lui sur lAllemagne; depuis bien des siècles lAllemagne ne sétait aussi complètement appartenue, ne sétait sentie aussi une, aussi elle-même; depuis bien des siècles elle navait eu vis-à-vis de son éternelle rivale une attitude plus forte, plus imposante. Elle la tenue en échec sur tous les points. Voyez vous-même: au delà des Alpes vos plus glorieux empereurs nont jamais exercé une autorité plus réelle que celle quy exerce maintenant

une puissance allemande. Le Rhin est redevenu allemand de cœur et dâme; la Belgique, que la dernière secousse européenne semblait devoir précipiter dans les bras de la France, sest arrêtée sur la pente, et maintenant il est évident quelle remonte vers vous; le cercle de Bourgogne se reforme, la Hollande, tôt ou tard, ne saurait manquer de vous revenir. Telle a donc été lissue définitive du grand duel engagé il y a plus de deux siècles entre la France et vous; vous avez pleinement triomphé, vous avez eu le dernier mot. Et cependant, convenez-en: pour qui avait assisté à cette lutte depuis son origine, pour qui lavait suivie à travers toutes les phases, à travers toutes ses vicissitudes, jusquà la veille du jour suprême et décisif, il eût été difficile de prévoir une pareille issue; les apparences nétaient pas pour vous, les chances nétaient pas en votre faveur. Depuis la fin du Moyen-Age, malgré quelque temps darrêt, la puissance de la France navait cessé de grandir, en se concentrant et en se disciplinant, et cest à partir de cette époque que lEmpire, grâce à sa scission religieuse, est entré dans son dernier période, dans le période de sa désorganisation légale; les victoires même que vous remportiez étaient stériles pour vous, car ces victoires narrêtaient pas la désorganisation intérieure, où souvent même elles ne faisaient que la précipiter. Sous Louis XIV, bien que le grand roi eût échoué, la France triompha, son influence domina souverainement lAllemagne; enfin vint la Révolution, qui, après avoir extirpé de la nationalité française jusquaux derniers vestiges de ses origines, de ses affinités germaniques, après avoir rendu à la France son caractère exclusivement romain, engagea contre lAllemagne, contre le principe même de son existence, une dernière lutte, une lutte à mort; et cest au moment où le soldat couronné de cette Révolution faisait représenter sa parodie de lempire de Charlemagne sur les débris mêmes de lempire fondé par Charlemagne, obligeant pour dernière humiliation les peules de lAllemagne dy jouer aussi leur rôle, cest dans ce moment suprême que la péripétie eut lieu, et que tout fut changé.

Comment sétait-elle faite, cette prodigieuse péripétie? Par qui? Par quoi avait-elle été amenée?.. Elle a été amenée par larrivée dun tiers sur le champ de bataille de lOccident européen; mais ce tiers, cétait tout un monde

Ici, monsieur, pour nous entendre, il faut que vous me permettiez une courte digression. On parle beaucoup de la Russie; de nos jours elle est lobjet dune ardente, dune inquiète curiosité. Il est clair quelle est devenue une des grandes préoccupations du siècle; mais, bien différent des autres problèmes qui le passionnent, celui-ci, il faut lavouer, pèse sur la pensée contemporaine, plus encore quil ne lexcite Et il ne pouvait en être autrement: la pensée contemporaine, fille de lOccident, se sent là en présence dun élément sinon hostile, du moins décidément étranger, dun élément qui ne relève pas delle, et lon dirait quelle a peur de se manquer à elle-même, de mettre en cause sa propre légitimité, si elle acceptait comme pleinement légitime la question qui lui est posée, si elle sappliquait sérieusement, consciencieusement à la comprendre et à la résoudre Quest-ce que la Russie? Quelle est sa raison dêtre, sa loi historique? Doù vient-elle? Où va-t-elle? Que représente-t-elle? Le monde, il est vrai, lui a fait une place au soleil, mais la philosophie de lhistoire na pas encore daigné lui en assigner une. Quelques rares intelligences, deux ou trois en Allemagne, une ou deux en France, plus libres, plus avancées que le gros de larmée, ont bien entrevu le problème, ont bien soulevé un coin du voile, mais leurs paroles jusquà présent ont été peu comprises, ou peu écoutées.

Pendant longtemps la manière dont on a compris la Russie, dans lOccident, a ressemblé, à quelques égards, aux premières impressions des contemporains de Colomb. Cétait la même erreur, la même illusion doptique. Vous savez que pendant longtemps les hommes de lancien continent, tout en applaudissant à limmortelle découverte, sétaient obstinément refusés à admettre lexistence dun continent nouveau; ils trouvaient plus simple et plus rationnel de supposer que les terres qui venaient de leur être révélées nétaient que lappendice, le prolongement du continent quils connaissaient déjà. Ainsi en a-t-il été des idées quon sest longtemps faites de cet autre nouveau monde, lEurope orientale, dont la Russie a de tout temps été lâme, le principe moteur et auquel elle était appelée à imposer son glorieux nom, pour prix de lexistence historique que ce monde a déjà reçue delle, ou quil en attend Pendant des siècles, lOccident européen avait cru avec une bonne foi parfaite quil ny avait point, quil ne pouvait pas y avoir dautre Europe que lui. Il savait, à la vérité, quau-delà de ses frontières il y avait encore des peuples, des souverainetés, qui se disaient chrétiens; aux temps de sa puissance il avait même entamé les bords de ce monde sans nom, il en avait arraché quelques lambeaux quil sétait incorporés tant bien que mal, en les dénaturant, en les dénationalisant; mais que, par-delà cette limite extrême, il y eût une autre Europe, une Europe orientale, sœur bien légitime de lOccident chrétien, chrétienne comme lui, point féodale, point hiérarchique, il est vrai, mais par-là même plus intimement chrétienne; quil y eût là tout un Monde, Un dans son Principe, solidaire de ses parties, vivant de sa vie propre, organique, originale: voilà ce quil était impossible dadmettre, voilà ce que bien des gens aimeraient à révoquer en doute, même de nos jours Longtemps lerreur avait été excusable; pendant des siècles le principe moteur était resté comme enseveli sous le chaos: son action avait été lente et presque imperceptible; un épais nuage enveloppait cette lente élaboration dun monde Mais enfin, quand les temps furent accomplis, la main dun géant abattit le nuage, et lEurope de Charlemagne se trouva face à face avec lEurope de Pierre le Grand

Ceci une fois reconnu, tout devient clair, tout sexplique: on comprend maintenant la véritable raison de ces rapides progrès, de ces prodigieux accroissements de la Russie, qui ont étonné le monde. On comprend que ces prétendues conquêtes, ces prétendues violences ont été lœuvre la plus organique et la plus légitime que jamais lhistoire ait réalisée, cétait tout bonnement une immense restauration qui saccomplissait. On comprendra aussi pourquoi on a vu successivement périr et séffacer sous sa main tout ce que la Russie a rencontré sur sa route de tendances anormales, de pouvoirs et dinstitutions infidèles au grand principe quelle représentait pourquoi la Pologne a dû périr non pas loriginalité de sa race polonaise, à Dieu ne plaise, mais la fausse civilisation, la fausse nationalité, qui lui avaient été imputées. Cest aussi de ce point de vue que lon appréciera le mieux la véritable signification de ce quon appelle la question de lOrient, de cette question que lon affecte de proclamer insoluble, précisément parce que tout le monde en a depuis longtemps prévu linévitable solution Il sagit en effet de savoir si lEurope orientale, déjà aux trois quarts constituée, si ce véritable empire de lOrient, dont le premier, celui des césars de Byzance, des anciens empereurs orthodoxes, navait été quune faible et imparfaite ébauche, si lEurope orientale recevra ou non son dernier, son plus indispensable complément, si elle lobtiendra par le progrès naturel des choses, ou si elle se verra forcée de le demander à la fortune par les armes, au risque des plus grandes calamités pour le monde. Mais revenons à notre sujet.

Voilà, monsieur, quel était le tiers dont larrivée sur le théâtre des événements a brusquement décidé le duel séculaire de lOccident européen; la seule apparition de la Russie dans vos rangs y a ramené lunité, et lunité vous a donné la victoire.

Et maintenant, pour se rendre un compte vrai de la situation actuelle des choses, on ne saurait assez se pénétrer dune vérité, cest que depuis cette intervention de lOrient constitué dans les affaires de lOccident, tout est changé en Europe: jusque-là vous y étiez à deux, maintenant nous y sommes à trois. Les longues luttes y sont devenues impossibles.

De létat actuel des choses peuvent sortir les trois combinaisons suivantes, les seules possibles désormais. LAllemagne, alliée fidèle de la Russie, gardera sa prépondérance au centre de lEurope; ou bien cette prépondérance passerait aux mains de la France. Or, savez-vous, monsieur, ce que serait pour vous la prépondérance aux mains de la France? Ce serait, sinon la mort subite, au moins dépérissement certain de lAllemagne. Reste la troisième combinaison, celle qui sourirait peut-être le plus à certaines gens: lAllemagne alliée à la France contre la Russie Hélas, monsieur, cette combinaison a déjà été essayée en 1812 et, comme vous savez, elle a eu peu de succès. Dailleurs je ne pense pas quaprès lissue des trente années qui viennent de sécouler, lAllemagne fût dhumeur à accepter les conditions dexistence dune nouvelle confédération du Rhin: car toute alliance intime avec la France ne peut jamais être que cela, pour lAllemagne, et savez-vous, monsieur, ce que la Russie a entendu faire, lorsque, intervenant dans cette lutte engagée entre les deux principes, les deux grandes nationalités qui depuis des siècles se disputaient lOccident européen, elle la décidée au profit de lAllemagne, du principe germanique? Elle a voulu donner gain de cause une fois pour toutes au droit, à la légitimité historique, sur le procédé révolutionnaire. Et pourquoi a-t-elle voulu cela? Parce que le droit, la légitimité historique, cest sa cause à elle, sa cause propre, la cause de bon avenir, cest là le droit quelle réclame pour elle-même et pour les siens. Il ny a que la plus aveugle ignorance, celle qui ferme volontairement les yeux à la lumière, qui puisse encore méconnaître cette grande vérité, car enfin nest-ce pas au nom de ce droit, de cette légitimité historique, que la Russie a relevé toute une race, tout un monde de sa déchéance, quelle la appelé à vivre de sa vie propre, quelle lui a rendu son autonomie, quelle la constitué? Et cest aussi au nom de ce même droit quelle saura bien empêcher que les faiseurs dexpériences politiques ne viennent arracher ou escamoter des populations entières à leur centre dunité vivante, pour pouvoir ensuite plus aisément les tailler et les façonner comme des choses mortes, au gré de leurs mille fantaisies, quils ne viennent en un mot détacher des membres vivants du corps auquel ils appartiennent, sous prétexte de leur assurer par là une plus grande liberté de mouvement

Limmortel honneur du Souverain qui est maintenant sur le trône de Russie, cest de sêtre fait plus pleinement, plus énergiquement quaucun de ses devanciers le représentant intelligent et inflexible de ce droit, de cette légitimité historique. Une fois que son choix a été fait, lEurope sait si depuis trente ans la Russie y est restée fidèle. On peut affirmer, lhistoire à la main, quil serait bien difficile de trouver dans les annales politiques du monde un second exemple dune alliance aussi profondément morale que celle qui unit depuis trente ans les souverains de lAllemagne à la Russie, et cest ce grand caractère de moralité qui la fait durer, qui la aidée à résoudre bien des difficultés, à surmonter bien des obstacles, et maintenant, après lépreuve des bons et des mauvais jours, cette alliance a triomphé dune dernière épreuve, la plus significative de toutes: linspiration qui lavait fondée sest transmise, sans choc et sans altération, des premiers fondateurs à leurs héritiers.

Eh bien, monsieur, demandez à vos gouvernements si depuis ces trente années la sollicitude de la Russie pour les grands intérêts politiques de lAllemagne sest démentie un seul instant? Demandez aux hommes qui ont été dans les affaires si maintes fois et sur bien des questions cette sollicitude na pas devancé vos propres inspirations patriotiques? Vous voilà depuis quelques années vivement préoccupés en Allemagne de la grande question de lunité germanique. Il nen a pas toujours été ainsi, vous le savez. Moi qui depuis longtemps demeure parmi vous, je pourrais au besoin me rappeler lépoque précise où cette question a commencé à passionner les esprits; assurément il était peu question de cette unité, au moins dans la presse, à lépoque où il ny avait pas de feuille libérale qui ne se crût obligée en conscience de saisir chaque occasion dadresser à lAutriche et à son gouvernement les mêmes injures que lon prodigue maintenant à la Russie Cest donc là une préoccupation très louable, très légitime à coup sûr, mais dune date assez récente. La Russie, il est vrai, na jamais prêché lunité de lAllemagne; mais depuis trente ans elle na cessé dans toutes les occasions et sur tous les tons de recommander à lAllemagne lunion, la concorde, la confiance réciproque, la subordination volontaire des intérêts particuliers à la grande cause de lintérêt général, et ces conseils, ces exhortations, elle ne sest pas lassée de les reproduire, de les multiplier, avec toute cette énergique franchise dun zèle qui se sait parfaitement désintéressé.

Un livre qui a eu, il y a quelques années, un grand retentissement en Allemagne et auquel on a bien faussement attribué une origine officielle, a semblé accréditer parmi vous lopinion que la Russie, à une certaine époque, aurait eu pour système de sattacher plus particulièrement les Etats allemands de second ordre au préjudice de linfluence légitime des deux grands Etats de la Confédération. Jamais la supposition na été plus gratuite, et même, il faut le dire, plus contraire de tout point à la réalité.

Consultez là-dessus les hommes compétents, ils vous diront ce qui en est; peut-être vous diront-ils que dans sa constante préoccupation dassurer avant tout lindépendance politique de lAllemagne, la diplomatie russe sest exposée quelquefois à froisser dexcusables susceptibilités, en recommandant avec trop dinsistance aux petites cours dAllemagne une adhésion à toute épreuve au système des deux grandes puissances. Ce serait peut-être ici le lieu dapprécier à sa juste valeur une autre accusation mille fois reproduite contre la Russie et qui nen est pas plus vraie. Que na-t-on pas dit pour faire croire que cest son influence avant tout qui a contrarié en Allemagne le développement du régime constitutionnel? En thèse générale il est souverainement déraisonnable de chercher à transformer la Russie en adversaire systématique de telle ou telle forme de gouvernement; et comment, grand Dieu, serait-elle devenue ce quelle est, comment exercerait-elle sur le monde linfluence qui lui appartient, avec une pareille étroitesse de ses idées! Ensuite, dans le cas spécial dont il sagit, il est rigoureusement vrai de dire que la Russie sest toujours énergiquement prononcée pour le maintien loyal des institutions établies, pour le respect religieux des engagements contractés; après cela il est très possible quelle ait pensé quil ne serait pas prudent, dans lintérêt le plus vital de lAllemagne (celui de son unité) de donner dans les Etats constitutionnels de la Confédération à la prérogative parlementaire la même extension quelle a, par exemple, en Angleterre, en France; que si, même à présent, il nétait pas toujours facile détablir entre les Etats cet accord, cette intelligence parfaite, que nécessite une action collective, le problème deviendrait tout bonnement insoluble dans une Allemagne dominée, cest-à-dire divisée par une demi-douzaine de tribunes parlementaires souveraines. Cest là une de ces vérités acceptées à lheure quil est par tous les bons esprits en Allemagne. Le tort de la Russie serait de lavoir comprise une dizaine dannées plus tôt.

Maintenant, si de ces questions de lintérieur nous passions à la situation du dehors, vous parlerai-je, monsieur, de la révolution de Juillet et des conséquences probables quelle devait avoir pour votre patrie et quelle na pas eues? Ai-je besoin de vous dire que le principe de cette explosion, que lâme même de ce mouvement cétait avant tout le besoin dune revanche éclatante contre lEurope, et principalement contre vous, cétait lirrésistible besoin de ressaisir cette prépondérance de lOccident, dont la France avait si longtemps joui et quelle voyait avec dépit fixée depuis trente ans dans vos mains? Je rends assurément toute justice au roi des Français, jadmire son habileté, je souhaite une longue vie à lui et à son système Mais que serait-il arrivé, monsieur, si, chaque fois que le gouvernement français a essayé depuis 1835 de porter ses regards par-dessus lhorizon de lAllemagne, il navait pas constamment rencontré sur le trône de Russie la même attitude ferme et décidée, la même réserve, la même froideur, et surtout la même fidélité à toute épreuve, aux alliances établies, aux engagements contractés? Sil avait pu surprendre un seul instant de doute, dhésitation, ne pensez-vous pas que le Napoléon de la paix lui-même se serait finalement lassé de retenir toujours cette France, frémissante sous sa main, et quil laurait laissée aller?.. Et que serait-ce, sil avait pu compter sur de la connivence?..

Monsieur, je me trouvais en Allemagne à lépoque où M. Thiers, cédant à une impulsion pour ainsi dire instinctive, se disposait à faire ce qui lui paraissait la chose du monde la plus simple et la plus naturelle, cest-à-dire à se venger sur lAllemagne des échecs de sa diplomatie en Orient; jai été témoin de cette explosion, de la colère vraiment nationale que cette naïve insolence avait provoquée parmi vous, et je me félicite de lavoir vue; depuis jai toujours entendu avec beaucoup de plaisir chanter le Rheinlied. Mais, monsieur, comment se fait-il que votre presse politique qui sait tout, qui sait par exemple le chiffre exact de tous les coups de poing qui séchangent sur la frontière de Prusse entre les douaniers russes et les contrebandiers prussiens, comment, dis-je, na-t-elle pas su ce qui sest passé à cette époque entre les cours dAllemagne et la Russie? Comment na-t-elle pas su, ou ne vous a-t-elle pas informé quà la première démonstration dhostilité de la part de la France, 80 000 hommes de troupes russes devaient marcher au secours de votre indépendance menacée, et que 200 000 hommes les auraient suivis dans les six semaines? Eh bien, monsieur, cette circonstance nest pas restée ignorée à Paris, et peut-être penserez-vous comme moi, quel que soit dailleurs le cas que je fasse du Rheinlied, quelle na pas peu contribué à décider la vieille Marseillaise à battre si promptement en retraite devant sa jeune rivale.

Jai nommé la presse. Ne croyez pas, monsieur, que jaie des préventions systématiques contre la presse allemande, ou que je lui garde rancune de son inexprimable malveillance à notre égard. Il nen est rien, je vous assure; je suis très disposé à lui faire honneur des bonnes qualités quelle a, et jaimerais bien pouvoir attribuer en partie au moins ses torts et ses aberrations au régime exceptionnel sous lequel elle vit. Ce nest certes ni le talent, ni les idées, ni même le patriotisme qui manquent à votre presse périodique; à beaucoup dégards elle est la fille légitime de votre noble et grande littérature, de cette littérature qui a restauré parmi vous le sentiment de votre identité nationale. Ce qui manque à votre presse, et cela à un degré compromettant, cest le tact politique, lintelligence vive et sûre de la situation donnée, du milieu réel dans lequel elle vit. Aussi remarque-t-on, dans ses manifestations comme dans ses tendances, je ne sais quoi dimprévoyant, dinconsidéré, en un mot de moralement irresponsable qui provient peut-être de cet état de minorité prolongée où on la retient.

Comment sexpliquer en effet, si ce nest par cette conscience de son irresponsabilité morale, cette hostilité ardente, aveugle, forcenée, à laquelle elle se livre depuis des années à légard de la Russie? Pourquoi? Dans quel but? Au profit de quoi? A-t-elle lair davoir une seule fois sérieusement examiné, au point de vue de lintérêt politique de lAllemagne, les conséquences possibles, probables, de ce quelle faisait? Sest-elle une seule fois sérieusement demandé si, en sappliquant comme elle le fait, depuis des années, avec cet incroyable acharnement, à aigrir, à envenimer, à compromettre sans retour les dispositions réciproques des deux pays, elle ne travaillait pas à ruiner par sa base le système dalliance sur lequel repose la puissance relative de lAllemagne vis-à-vis de lEurope? Si, à la combinaison politique la plus favorable que lhistoire eût réalisée jusquà présent pour votre patrie, elle ne cherchait par tous les moyens en son pouvoir de substituer la combinaison la plus décidément funeste? Cette pétulante imprévoyance ne vous rappelle-t-elle pas, monsieur, à la gentillesse près toutefois, une espièglerie de lenfance de votre grand Gœthe, si gracieusement racontée dans ses mémoires? Vous vous souvenez de ce jour où le petit Wolfgang, resté seul dans la maison paternelle, na pas cru pouvoir mieux utiliser le loisir que labsence de ses parents lui avait fait, quen faisant passer successivement par la fenêtre tous les ustensiles du ménage de sa mère qui lui tombaient sous la main, samusant et se réjouissant beaucoup du bruit quils faisaient en tombant et en se brisant sur le pavé? Il est vrai quil y avait dans la maison vis-à-vis un méchant voisin qui par ses encouragements provoquait lenfant à continuer lingénieux passe-temps; mais vous, monsieur, vous navez pas même lexcuse dune provocation semblable

Encore si dans tout ce débordement de déclamation haineuse contre la Russie on pouvait découvrir un motif sensé, un motif avouable pour justifier tant de haine! Je sais que je trouverai au besoin des fous qui viendront me dire le plus sérieusement possible: Nous devons vous haïr; votre principe, le principe même de votre civilisation, nous est antipathique à nous autres Allemands, à nous autres Occidentaux; vous navez eu ni Féodalité, ni Hiérarchie Pontificale; vous navez passé ni par les guerres du Sacerdoce et de lEmpire, ni par les guerres de Religion, ni même par lInquisition; vous navez pas pris part aux Croisades, vous navez pas connu la Chevalerie, vous êtes arrivé il y a quatre siècles à lunité que nous cherchons encore, votre principe ne fait pas une part assez large à la liberté de lindividu, il nautorise pas assez la division, le morcellement. Tout cela est vrai; mais tout cela, soyez juste, nous a-t-il empêché de vous aider bravement et loyalement dans loccasion, lorsquil sest agi de revendiquer, de reconquérir votre indépendance politique, votre nationalité, et maintenant nest-ce pas le moins que vous puissiez faire, que de nous pardonner la nôtre? Parlons sérieusement, car la chose en vaut la peine. La Russie ne demande pas mieux que de respecter votre légitimité historique, la légitimité historique des peuples de lOccident; elle sest dévouée avec vous, il y a trente ans à peine, à la relever de sa chute, à la replacer sur sa base; elle est donc très disposée à la respecter non seulement dans son principe, mais même dans ses conséquences les plus extrêmes, même dans ses écarts, même dans ses défaillances; mais vous aussi, apprenez à votre tour à nous respecter dans notre unité et dans notre force.

Viendrait-on me dire que ce sont les imperfections de notre régime social, les vices de notre administration, la condition de nos classes inférieures, etc., etc., que cest tout cela qui irrite lopinion contre la Russie. Eh quoi, serait-ce vrai? Et moi qui croyais tout à lheure avoir à me plaindre dun excès de malveillance, me verrai-je obligé maintenant de protester contre une exagération de sympathie? Car enfin, nous ne sommes pas seuls au monde, et si vous avez en effet un fond aussi surabondant de sympathie humaine, et que vous ne trouviez pas à le placer chez vous et au profit des vôtres, ne serait-il pas juste au moins que vous le répartissiez dune manière plus équitable entre les différents peuples de la terre? Tous, hélas, ont besoin quon les plaigne; voyez lAngleterre par exemple, quen dites-vous? Voyez sa population manufacturière; voyez lIrlande, et si vous étiez à même détablir en parfaite connaissance le bilan respectif des deux pays, si vous pouviez peser dans des balances équitables les misères quentraînent à leur suite la barbarie russe et la civilisation anglaise, peut-être trouveriez-vous plus de singularité que dexagération dans lassertion de cet homme qui, également étranger aux deux pays, mais les connaissant tous deux à fond, affirmait avec une conviction entière quil y avait dans le Royaume-Uni un million dhommes, au moins, qui gagneraient beaucoup à être envoyés en Sibérie

Ah, monsieur, pourquoi faut-il que vous autres Allemands, qui avez sur vos voisins doutre-Rhin une supériorité morale incontestable à tant dégards, pourquoi faut-il que vous ne puissiez pas leur emprunter un peu de ce bon sens pratique, de cette intelligence vive et sûre de leurs intérêts, qui les distinguent!.. Eux aussi ils ont une presse, des journaux, qui nous invectivent, qui nous déchirent à qui mieux mieux, sans relâche, sans mesure, sans pudeur Voyez par exemple cette hydre aux cent têtes de la presse parisienne, toutes lançant feu et flamme contre nous.

Quelles fureurs! Quels éclats! Quel tapage!.. Eh bien, quon acquière aujourdhui même la certitude, à Paris, que ce rapprochement si ardemment convoité est en train de se faire, que les avances si souvent reproduites ont enfin été accueillies, et dès demain vous verrez tout ce bruit de haine tomber, toute cette brillante pyrotechnie dinjures sévanouir, et de ces cratères éteints, de ces bouches pacifiées vont sortir, avec le dernier flocon de fumée, des voix diversement modulées, mais toutes également mélodieuses, célébrant, à lenvie lune de lautre, notre heureuse réconciliation.

Mais cette lettre est trop longue, il est temps de finir. Permettez-moi, monsieur, en finissant de résumer en peu de mots ma pensée.

Je me suis adressé à vous, sans autre mission que celle que je tiens de ma conviction libre et personnelle. Je ne suis aux ordres de personne, je ne suis lorgane de personne; ma pensée ne relève que delle-même. Mais jai certainement tout lieu de croire que si le contenu de cette lettre était connu en Russie, lopinion publique nhésiterait pas à lavouer. Lopinion russe jusquà présent ne sest que médiocrement émue de toutes ces clameurs de la presse allemande, non pas que lopinion, non pas que les sentiments de lAllemagne lui parussent une chose indifférente, bien certainement non mais toutes ces violences de la parole, tous ces coups de fusil tirés en lair, à lintention de la Russie, il lui répugnait de prendre tout ce bruit au sérieux; elle ny a vu tout au plus quun divertissement de mauvais goût Lopinion russe se refuse décidément à admettre quune nation grave, sérieuse, loyale, profondément équitable, telle enfin que le monde a connu lAllemagne à toutes les époques de son histoire, que cette nation, dis-je, ira dépouiller sa nature pour en révéler une autre faite à limage de quelques esprits fantasques ou brouillons, de quelques déclamateurs passionnés ou de mauvaise foi, que, reniant le passé, méconnaissant le présent et compromettant lavenir, lAllemagne consentira à accueillir, à nourrir un mauvais sentiment, un sentiment indigne delle, simplement pour avoir le plaisir de faire une grande bévue politique. Non, cest impossible.

Je me suis adressé a vous, monsieur, parce que, ainsi que je lai reconnu, la Gazette Universelle est plus quun journal pour lAllemagne; cest un pouvoir, et un pouvoir qui, je le déclare bien volontiers, réunit à un haut degré le sentiment national et lintelligence politique: cest au nom de cette double autorité que j ai essayé de vous parler.

La disposition desprit que lon a créée, que lon cherche à propager en Allemagne à légard de la Russie, nest pas encore un danger; mais elle est bien près de le devenir Cette disposition desprit ne changera rien, jen ai la conviction, aux rapports actuellement existants entre les gouvernements allemands et la Russie; mais elle tend à fausser de plus en plus la conscience publique sur une des questions les plus graves quil y ait pour une nation, sur la question de ses alliances Elle tend en présentant sous les couleurs les plus mensongères la politique la plus nationale que lAllemagne ait jamais suivie, à jeter la division dans les esprits, à pousser les plus ardents, les plus inconsidérés dans des voies pleines de péril, dans des voies où la fortune de lAllemagne sest déjà fourvoyée plus dune fois Quune crise éclate en Europe, que la querelle séculaire, décidée il y a trente ans en votre faveur, vienne à se rallumer, la Russie certainement ne manquera pas à vos souverains, pas plus que ceux-ci ne manqueront à la Russie; mais cest alors aussi quon aura probablement à récolter ce que lon sème aujourdhui: la division des esprits aura porté ses fruits, et ces fruits pourraient être amers pour lAllemagne; ce seraient, je le crains bien, de nouvelles défections et des déchirements nouveaux. Et alors, monsieur, vous auriez trop cruellement expié le tort davoir été un moment injustes envers nous.

Voilà, monsieur, ce que javais à vous dire. Vous ferez de ma parole lusage qui vous paraîtra le plus convenable.

Agréez, etc.

1844

3*

En allant au fond de cette malveillance qui se manifeste contre nous en Europe et si lon met de côté les déclamations, les lieux communs de la polémique quotidienne, on y trouve cette idée:

La Russie tient une place énorme dans le monde et cependant elle ne représente que la force matérielle, rien que cela.

Voilà le véritable grief, tous les autres sont accessoires ou imaginaires.

Comment est née cette idée et quelle en est la valeur?

Elle est le produit dune double ignorance: de celle de lEurope et de la notre propre. Lune est la conséquence de lautre. Dans lordre moral, une société, une civilisation qui a son principe en elle-même, ne saurait être comprise des autres quautant quelle se comprend elle-même: la Russie est un monde qui commence à peine à avoir la conscience de son principe. Or, cest la conscience de son principe qui constitue pour un pays sa légitimité historique. Le jour où la Russie aura pleinement reconnu le sien, elle laura de fait imposé au monde. En effet de quoi sagit-il entre lOccident et nous? Est-ce de bonne foi que lOccident a lair de se méprendre sur ce que nous sommes? Est-ce sérieusement quil prétend ignorer nos titres historiques?

Avant que lEurope occidentale ne se fût constituée, nous existions déjà et certes nous existions glorieusement. Toute la différence cest qualors on nous appelait lEmpire dOrient, lEglise dOrient; ce que nous étions alors, nous le sommes encore.

Quest-ce que lEmpire dOrient? Cest la transmission légitime et directe du pouvoir suprême du pouvoir des Césars. Cest la souveraineté pleine et entière, ne relevant pas, némanant pas, comme les pouvoirs de lOccident, dune autorité extérieure quelle quelle puisse être, portant son principe dautorité en elle-même, mais réglée, contenue et sanctifiée par le Christianisme.

Quest-ce que lEglise dOrient? Cest lEglise universelle.

Voilà les deux seules questions sur lesquelles doit rouler toute polémique sérieuse entre lOccident et nous. Tout le reste nest que du verbiage. Plus nous nous serons pénétrés de ces deux questions et plus nous serons forts vis-à-vis de notre adversaire. Plus nous serons nous-mêmes. A bien considérer les choses, la lutte entre lOccident et nous na jamais cessé. Il ny a pas même eu de trêve, il ny a eu que des intermittences de combat. Maintenant, à quoi bon se le dissimuler? Cette lutte est sur le point de se rallumer plus ardente que jamais et cette fois encore comme autrefois, comme toujours, cest lEglise de Rome, lEglise latine qui est à lavant-garde de lennemi.

Eh bien, acceptons le combat, franchement, résolument. Quen face de Rome lEglise dOrient noublie pas un seul instant quelle est lhéritière légitime de lEglise universelle.

A toutes les attaques de Rome, à toutes ses hostilités, nous navons quune arme à opposer, mais elle est terrible: cest son histoire, cest lhistoire de son passé. Qua fait Rome? Comment a-t-elle acquis le pouvoir quelle sest arrogé? Par une usurpation flagrante des droits, des attributions de lEglise universelle.

Comment a-t-elle cherché à justifier cette usurpation? Par la nécessité de maintenir lunité de la foi. Et pour arriver à ce résultat, elle ne sest refusé aucun moyen, ni la violence, ni la ruse, ni les bûchers, ni les Jésuites. Pour maintenir lunité de la foi elle na pas craint de dénaturer le Christianisme. Eh bien, où en est depuis trois siècles lunité de la foi dans lEglise occidentale? Rome il y a trois siècles a livré la moitié de lEurope à lhérésie et lhérésie la livrée à lincrédulité. Tel est le fruit que le monde chrétien a recueilli de cette dictature de plusieurs siècles que le siège de Rome sest arrogée sur lEglise au mépris des conciles. Il na pas craint de se mettre en rébellion contre lEglise universelle; dautres nont pas hésité à se révolter contre lui. Ceci nest que de la justice Providentielle qui est au fond de toutes les choses du monde.

Voilà pour la question purement religieuse dans ces différends avec Rome. Maintenant si on en venait à apprécier laction politique que Rome a exercée sur les différents états de lEurope

Occidentale, bien quelle nous touchât de moins près, quelle terrible accusation naurait-on pas à faire peser sur elle!

Nest-ce pas Rome, nest-ce pas la politique ultramontaine qui a désorganisé, déchiré lAllemagne, qui a tué lItalie? LAllemagne, elle la désorganisée en y minant le pouvoir impérial; elle la déchirée en y provoquant la réformation. Quant à lItalie, la politique de Rome la tuée en empêchant par tous les moyens et à toutes les époques létablissement dans ce pays dune autorité souveraine, légitime et nationale. Ce fait a déjà été signalé il y a plus de trois siècles par le plus grand des historiens de lItalie moderne.

Et en France, pour ne parler que des temps les plus rapprochés de nous, nest-ce pas linfluence ultramontaine qui a écrasé, qui a éteint ce quil y avait de plus pur, de plus vraiment chrétien dans lEglise gallicane? Nest-ce pas Rome qui a détruit le Port-Royal et qui après avoir désarmé le Christianisme de ses plus nobles défenseurs, la pour ainsi dire livré par les mains des Jésuites aux attaques de la Philosophie du dix-huitième siècle? Tout ceci, hélas, cest de lHistoire, et de lHistoire contemporaine.

Maintenant pour ce qui nous concerne personnellement, lors même que nous passerions sous silence nos propres injures, lhistoire de nos malheurs au dix-septième siècle, comment pouvons-nous taire ce que la politique de cette cour a été, pour ces peuples quune fraternité de race et de langue rattache à la Russie et que la fatalité en a séparés. On peut dire avec toute justice que si lEglise latine par ses abus et ses excès a été funeste à dautres pays, elle a été par principe lennemie personnelle de la race Slave. La conquête allemande elle-même na été quune arme, quun glaive docile entre ses mains. Cest Rome qui en a dirigé et assuré les coups. Partout où Rome a mis le pied parmi les peuples slaves, elle a engagé une guerre à mort contre leur nationalité. Elle la anéantie ou elle la dénaturée. Elle a dénationalisé la Bohême et démoralisé la Pologne; elle en aurait fait autant de toute la race si elle navait pas rencontré la Russie sur son chemin. De là la haine implacable quelle nous a vouée. Rome comprend que dans tout pays slave où la nationalité de la race nest pas encore tout à fait morte, la Russie par sa seule présence, par le seul fait de son existence politique lempêchera de mourir et que partout où cette nationalité tendrait à renaître, elle ferait courir de terribles chances à létablissement Romain. Voilà où nous en sommes vis-à-vis de la cour de Rome. Voilà le bilan exact de notre situation respective. Eh bien, est-ce avec de pareils antécédents historiques que nous craindrions daccepter le défi quelle pourrait nous jeter? Comme Eglise nous avons à lui demander compte au nom de lEglise universelle de ce dépôt de la foi, dont elle a cherché à sattribuer la possession exclusive même au prix dun schisme. Comme puissance politique, nous avons pour alliée contre elle lhistoire de son passé, les rancunes de la moitié de lEurope et les trop justes griefs de notre propre race.

Quelques-uns simaginent que la réaction religieuse dont lEurope est en ce moment travaillée pouvait tourner au profit exclusif de lEglise latine; cest selon moi une grande illusion. Il y aura, je le sais bien, dans lEglise Protestante beaucoup de conversions partielles, jamais une conversion générale. Ce qui a survécu du principe catholique dans lEglise latine, attirera toujours tous ceux parmi les protestants qui, fatigués des fluctuations de la réforme, aspirent à rentrer au port, à se replacer sous la loi de lautorité catholique, mais les souvenirs de la cour de la Rome, mais lultramontanisme enfin, les repoussent éternellement.

Le mot historiquement si vrai sur lEglise latine est aussi le mot de la situation actuelle.

Le catholicisme a de tout temps fait toute la force du Papisme, comme le Papisme fait toute la faiblesse du catholicisme.

La force sans faiblesse nest que dans lEglise universelle. Quelle se montre, quelle intervienne dans le débat et lon verra de nos jours ce quon a déjà vu dans les tous premiers jours de la réformation, alors que les chefs de ce mouvement religieux qui avaient déjà rompu avec le siège de Rome, mais qui hésitaient encore à rompre avec les traditions de lEglise Catholique, en appelaient unanimement à lEglise dOrient. Maintenant comme alors la réconciliation religieuse ne peut venir que delle; elle porte dans son sein lavenir chrétien.

Telle est la première, la plus haute question que nous ayons à débattre avec lEurope Occidentale, cest la question vitale par excellence.

Il y en a une autre bien grave aussi; cest celle que lon appelle communément la question dOrient; cest la question de lEmpire.

Ici, il ne sagit pas de diplomatie; on sait trop bien que tant que durera le Statu quo, la Russie plus quaucune autre puissance respectera les traités. Mais les traités, mais la diplomatie ne règlent après tout que les choses du jour. Les intérêts permanents, les rapports éternels cest lhistoire seule qui en connaît. Or que nous dit lhistoire?

Elle nous dit que lOrient orthodoxe, tout ce monde immense qui relève de la croix grecque, est un dans son principe, étroitement solidaire dans toutes ses parties, vivant de sa vie propre, originale, indestructible. Il peut être matériellement fractionné, moralement il sera toujours un et indivisible. Il a subi momentanément la domination latine, il a subi pendant des siècles linvasion des races asiatiques, il na jamais accepté ni lune ni lautre.

Il y a parmi les Chrétiens de lOrient un dicton populaire qui exprime naïvement ce fait; ils ont lhabitude de dire, que tout dans la création de Dieu est bien fait, bien ordonné, deux choses exceptées, et ces deux choses sont: le Pape et le Turc.

Mais Dieu, ont-ils soin dajouter, a voulu dans sa sagesse infinie rectifier ces deux erreurs et cest pour cela quil crée le Czar moscovite.

Nul traité, nulle combinaison politique ne prévaudra jamais contre ce simple dicton populaire. Cest le résumé de tout le passé et la révélation de tout un avenir.

En effet, quoiquon fasse ou quon simagine, pourvu que la Russie reste ce quelle est, lempereur de Russie sera nécessairement, irrésistiblement le seul souverain légitime de lOrient orthodoxe, sous quelque forme dailleurs quil juge convenable dexercer cette souveraineté. Faites ce que vous voudrez, mais encore une fois, à moins que vous nayez détruit la Russie, vous nempêcherez jamais ce fait de se produire.

Qui ne voit que lOccident avec toute sa philantropie, avec son prétendu respect pour le droit des nationalités et tout en se déchaînant contre lambition insatiable de la Russie, ne voit dans

les populations qui habitent la Turquie quune seule chose: une proie à dépecer.

Il voudrait tout bonnement recommencer au dix-neuvième siècle ce qu il avait essayé de faire au treizième et ce qui déjà alors lui avait si mal réussi. Cest la même tentative sous dautres noms et au moyen de procédés un peu différents. Cest toujours cette ancienne, cette incurable prétention de fonder dans lOrient orthodoxe un Empire latin, de faire de ces pays une annexe, une dépendance de lEurope occidentale.

Il est vrai que pour arriver à ce résultat, il faudrait commencer par éteindre dans ces populations tout ce qui jusquà présent a constitué leur vie morale, par détruire en elles ce que les Turcs eux-mêmes ont épargné. Mais ce nest pas là une considération qui pouvait arrêter un seul instant le prosélitisme occidental, persuadé quil est que toute société qui nest pas exactement faite à limage de celle de lOccident nest pas digne de vivre, et fort de cette conviction il se mettrait bravement à lœuvre pour délivrer ces populations de leur nationalité comme dun reste de barbarie.

Mais cette Providence historique qui est au fond des choses humaines y a heureusement pourvu. Déjà au treizième siècle lEmpire dOrient, tout mutilé, tout énervé quil était, a trouvé en lui-même assez de vie pour rejeter de son sein la domination latine après soixante et quelques années dune existence contestée; et certes il faut convenir que depuis lors le véritable Empire dOrient, lEmpire orthodoxe, sest grandement relevé de sa déchéance.

Cest ici une question sur laquelle la science occidentale malgré ses prétentions à linfaillibilité a toujours été en défaut. LEmpire dOrient est constamment resté une énigme pour elle; elle a bien pu le calomnier, elle ne la jamais compris. Elle a traité lEmpire dOrient comme Monsieur de Custine vient de traiter la Russie, après lavoir étudié à travers sa haine doublée de son ignorance. On na su jusquà présent se rendre un compte vrai ni du principe de vie qui a assuré à lEmpire dOrient ses mille ans dexistence, ni de la circonstance fatale qui a fait que cette vie si tenace a toujours été contestée et à quelques égards si débile.

Ici, pour rendre ma pensée avec une précision suffisante, je devrais entrer dans des développements historiques que ne comportent point les bornes de cette notice. Mais telle est lanalogie réelle, telle est laffinité intime et profonde qui rattache la Russie à ce glorieux antécédent de lEmpire dOrient, quà défaut détudes historiques assez approfondies il suffit à chacun de nous de consulter ses impressions les plus habituelles et pour ainsi dire les plus élémentaires, pour comprendre dinstinct ce que cétait que ce principe de vie, cette âme puissante qui pendant mille ans a fait vivre et durer ce corps si frêle de lEmpire dOrient. Cette âme, ce principe, cétait le Christianisme, cétait lélément Chrétien tel que lavait formulé lEglise dOrient, combiné ou pour mieux dire identifié non seulement avec lélément national de létat, mais encore avec la vie intime de la société. Des combinaisons analogues ont été tentées, ont été accomplies ailleurs, mais elles nont eu nulle part ce caractère profond et original. Ici, ce nétait pas simplement une Eglise se faisant nationale dans lacception ordinaire du mot comme cela sest vu ailleurs, cétait lEglise se faisant la forme essentielle, lexpression suprême dune nationalité déterminée, de la nationalité de toute une race, de tout un monde. Voilà aussi, soit dit en passant, comment il a pu se faire que plus tard cette même Eglise dOrient est devenue comme le synonyme de la Russie, lautre nom, le nom sacré de lEmpire, triomphante partout où elle règne, militante partout où la Russie na pas encore fait pleinement reconnaître sa domination. En un mot si intimement associée à ses destinées quil est vrai de dire quà des degrés divers il y a de la Russie partout où se rencontre lEglise orthodoxe.

Quant à lancien, à ce premier Empire dOrient, la circonstance fatale qui a pesé sur ses destinées, cest quil na jamais pu mettre en œuvre quune portion minime de la race sur laquelle il aurait dû principalement sappuyer. Il na occupé que la lisière du monde que la Providence tenait en réserve pour lui; cest le corps cette fois qui a manqué à lâme. Voilà pourquoi cet Empire, malgré la grandeur de son principe, est constamment resté à létat de lébauche, pourquoi il na pu opposer à la longue une résistance efficace aux ennemis qui lenveloppaient de toutes parts. Son assiette territoriale a toujours manqué de base et de profondeur, cétait, pour tout dire, une tête séparée de son tronc. Aussi, par une de ces combinaisons Providentielles qui sont en même temps profondément naturelles et historiques, cest le lendemain du jour où lEmpire dOrient a paru définitivement succomber sous les coups de la destinée quil a en réalité pris possession de son existence définitive. Constantinople tombait aux mains des Turcs en 1453 et neuf ans après, en 1462, le grand Ivan III arrivait au trône de Moscou.

Quon ne séffarouche pas de grâce de toutes ces généralités historiques quelquhasardées quelles puissent paraître à la première vue. Quon se dise bien que ces prétendues abstractions, cest nous-même, cest notre passé, notre présent, notre avenir. Nos ennemis le savent bien, tâchons de le savoir comme eux. Cest parce quils le savent, cest parce quils ont compris que tous ces pays, toutes ces populations quils voudraient conquérir au système occidental, tiennent à la Russie historiquement parlant comme des membres vivants tiennent au corps dont ils font partie, quils travaillent à relâcher, à rompre sil est possible, le lien organique qui les rattache à nous.

Ils ont compris que tant que ce lien subsiste, tous leurs efforts pour éteindre dans ces populations la vie qui leur est propre resteraient éternellement stériles. Encore une fois le bût quon se propose est le même quau treizième siècle, mais les moyens différents. A cette époque lEglise latine voulait brutalement se substituer dans tout lOrient Chrétien à lEglise orthodoxe; maintenant on cherchera à ruiner les fondements de cette Eglise par la prédication philosophique.

Au treizième siècle la domination de lOccident prétendait sapproprier ces pays directement et les gouverner en son propre nom; maintenant faute de mieux on cherchera à y provoquer, à y favoriser létablissement de petites nationalités bâtardes, de petites existences politiques, soi-disant indépendantes, vains simulacres bien mensongers, bien hypocrites, bons, tout au plus, à masquer la réalité, et cette réalité ce serait maintenant comme alors: la domination de lOccident.

Ce qui vient dêtre tenté en Grèce est une grande révélation et devrait servir denseignement à tout le monde. Il est vrai que jusquà présent la tentative ne paraît guère avoir profité à ceux qui en ont été les instigateurs. Larme a répercuté contre la main qui sen est servie. Et cette révolution qui après avoir annulé un pouvoir dorigine étrangère paraît avoir restitué linitiative à des influences plus nationales, pourrait fort bien en définitive aboutir à resserrer le lien qui rattache ce petit pays au grand tout, dont il nest quune fraction.

Il faut se dire dailleurs que tout ce qui se passe ou se passerait en Grèce ne sera jamais quun épisode, un détail de la grande lutte entre lOccident et nous. Ce nest pas là-bas, aux extrémités que limmense question sera décidée. Cest ici, parmi nous, au centre, au cœur même de ce monde de lOrient Chrétien, de lOrient Européen que nous représentons, de ce monde qui est nous-même. Ses destinées définitives qui sont aussi les nôtres, ne dépendent que de nous; elles dépendent avant tout du sentiment plus ou moins énergique qui nous lie, qui nous identifie lun à lautre.

Répétons-le donc et ne nous lassons pas de le redire: lEglise dOrient est lEmpire orthodoxe, lEglise dOrient héritière légitime de lEglise universelle, lEmpire orthodoxe identique dans son principe, étroitement solidaire dans toutes ses parties. Est-ce là ce que nous sommes? ce que nous voulons être? Est-ce là ce que lon prétend nous contester?

Voilà, pour qui sait voir, toute la question entre nous et la propagande occidentale; cest le fond même du débat. Tout ce qui nest pas cela, tout ce qui dans la polémique de la presse étrangère ne se rattache pas à cette grande question plus ou moins directement comme une conséquence à son principe, ne mérite pas un instant doccuper notre attention. Cest de la déclamation pure.

Pour nous, nous ne saurions nous pénétrer assez intimement de ce double principe historique de notre existence nationale. Cest le seul moyen de tenir tête à lesprit de lOccident, de mettre un frein à ses prétentions comme à ses hostilités.

Jusquà présent, avouons-le, dans les rares occasions où nous avons pris la parole pour nous défendre contre ses attaques, nous lavons fait, à une ou deux exceptions près, dune manière trop peu digne de nous. Nous avions trop lair décoliers cherchant par de gauches apologies à désarmer la mauvaise humeur de leur maître.

Quand nous saurons mieux qui nous sommes, nous ne nous aviserons plus de faire amende honorable à qui que ce soit dêtre ce que nous sommes.

Et que lon ne simagine pas quen proclamant hautement nos titres nous ajouterions à lhostilité de lopinion étrangère à notre égard. Ce serait bien peu connaître létat actuel des esprits en Europe.

Encore une fois ce qui fait le fond de cette hostilité, ce qui vient en aide à la malveillance quils exploitent contre nous, cest cette opinion absurde et pourtant si générale que tout en reconnaissant, en sexagérant peut-être nos forces matérielles, on en est encore à se demander si toute cette puissance est animée dune vie morale, dune vie historique qui soit propre. Or, lhomme est ainsi fait, surtout lhomme de notre époque, quil ne se résigne à la puissance physique quen raison de la grandeur morale quil y voit attaché.

Chose bizarre en effet, et qui dans quelques années paraîtra inexplicable. Voilà un Empire qui par une rencontre sans exemple peut-être dans lhistoire du monde, se trouve à lui seul représenter deux choses immenses: les destinées dune race toute entière et la meilleure, la plus saine moitié de lEglise Chrétienne.

Et il y a encore des gens qui se demandent sérieusement quels sont les titres de cet Empire, quelle est sa place légitime dans le monde!.. Serait-ce que la génération contemporaine est encore tellement perdue dans lombre de la montagne quelle a de la peine à en apercevoir le sommet?..

Il ne faut pas loublier dailleurs: pendant des siècles lOccident Européen a été en droit de croire que moralement parlant il était seul au monde, quà lui seul il élait lEurope toute entière. Il a grandi, il a vécu, il a vieilli dans cette idée, et voilà quil saperçoit maintenant quil sétait trompé, quil y avait à côté de lui une autre Europe, sa sœur cadette peut-être, mais en tout cas sa sœur bien légitime, quen un mot il nétait lui que la moitié du grand tout. Une pareille découverte est une révolution tout entière entraînant après elle le plus grand déplacement didées qui se soit jamais accompli dans le monde des intelligences.

Est-il étonnant que de vieilles convictions luttent de tout leur pouvoir contre une évidence qui les ébranle, qui les supprime? et ne serait-ce pas à nous de venir en aide à cette évidence, à la rendre invincible, inévitable? Que faudrait-il faire pour cela?

Ici je touche à lobjet même de cette courte notice. Je conçois que le gouvernement Impérial ait de très bonnes raisons pour ne pas désirer quà lintérieur, dans la presse indigène, lopinion sanime trop sur des questions bien graves, bien délicates en effet, sur des questions qui touchent aux racines mêmes de lexistence nationale; mais au dehors, mais dans la presse étrangère, quelles raisons aurions-nous pour nous imposer la même réserve? Quels ménagements avons-nous encore à garder vis-à-vis dune opinion ennemie qui, se prévalant de notre silence, sempare tout à son aise de ces questions et les résout lune après lautre, sans contrôle, sans appel, et toujours dans le sens le plus hostile, le plus contraire à nos intérêts. Ne nous devons-nous pas à nous-même de faire cesser un pareil état de choses? Pouvons-nous encore nous en dissimuler les grands inconvénients? et quest-il nécessaire de rappeler le déplorable scandale dapostasie récente tant politique que religieuse et ces apostasies auraient-elles été possibles si nous navions pas bénévolement, gratuitement livré à lopinion ennemie le monopole de la discussion?

Je prévois lobjection que lon va me faire. On est, je le sais, trop disposé chez nous à sexagérer linsuffisance de nos moyens, à se persuader que nous ne sommes pas de force à engager avec succès la lutte sur un pareil terrain. Je crois que lon se trompe; je suis persuadé que nos ressources sont plus grandes quon ne se limagine; mais même en laissant de côté nos ressources indigènes, ce qui est certain, cest que lon ne connaît pas assez chez nous les forces auxiliaires que nous pourrions trouver au dehors. En effet, quelque soit la malveillance apparente et souvent trop réelle de lopinion étrangère à notre égard, nous napprécions pas assez ce que dans létat de fractionnement où sont tombés en Europe les opinions aussi bien que les intérêts, une grande, une importante unité comme lest la nôtre, peut exercer dascendant et de prestige sur des esprits que ce fractionnement poussé à lextrême a réduit au dernier degré de lassitude.

Nous ne savons pas assez combien on y est avide de tout ce qui offre des garanties de durée et des promesses davenir comme on y éprouve le besoin de se rallier ou même de se convertir à ce qui est grand et fort. Dans létat actuel des esprits en Europe, lopinion publique, toute indisciplinée, toute indépendante quelle paraisse, ne demande pas mieux au fond que dêtre violentée avec grandeur. Je le dis avec une conviction profonde: lessentiel, le plus difficile pour nous, cest davoir foi en nous-même; doser nous avouer à nous-même toute la portée de nos destinées, doser laccepter tout entière. Ayons cette foi, ce courage. Ayons le courage darborer notre véritable drapeau dans la mêlée des opinions qui se disputent lEurope, et il nous fera trouver des auxiliaires là même où jusquà présent nous navions rencontré que des adversaires. Et nous verrons se réaliser une magnifique parole, dite dans une circonstance mémorable. Nous verrons ceux-là même qui jusquà présent se déchaînaient contre la Russie ou cabalaient en secret contre elle, se sentir heureux et fiers de se rallier à elle, de lui appartenir.

Ce que je dis là nest pas une simple supposition. Plus dune fois des hommes éminents par leur talents aussi que par lautorité que ce talent leur avait acquise sur lopinion, mont donné des témoignages non équivoques de leur bonne volonté, de leurs bonnes dispositions à notre égard. Leurs offres de service étaient telles quelles navaient rien de compromettant ni pour ceux qui les faisaient, ni pour celui qui les aurait acceptées. Ces hommes assurément nentendaient pas se vendre à nous, mais ils nauraient pas mieux demandé que de nous savoir chacun dans la ligne et dans la mesure de son opinion. Lessentiel eût été de coordonner ces efforts, de les diriger tous vers un but déterminé, de faire concourir ces diverses opinions, ces diverses tendances au service des intérêts permanents de la Russie, tout en conservant à leur langage cette franchise dassaut sans laquelle on ne fait pas dimpression sur les esprits.

Il va sans dire quil ne saurait être question dengager avec la presse étrangère une polémique quotidienne minutieuse portant sur des petits faits, sur des petits détails; mais ce qui serait vraiment utile, ce serait par exemple de prendre pied dans le journal le plus accrédité de lAllemagne, dy avoir des organes graves, sérieux, sachant se faire écouter du public et tendant par des voies différentes, mais avec un certain ensemble vers un but déterminé.

Mais à quelles conditions réussirait-on à imprimer à ce concours de forces individuelles et jusquà un certain point indépendantes une direction commune et salutaire? A la condition davoir sur les lieux un homme intelligent, doué dénergiques sentiments de nationalité, profondément dévoué au service de lEmpereur et qui par une longue expérience de la presse aurait acquis une connaissance suffisante du terrain sur lequel il serait appelé à agir.

Quant aux dépenses que nécessiterait létablissement dune presse russe à létranger, elles seraient minimes comparativement au résultat quon pourrait en attendre.

Si cette idée était agréée, je mestimerais trop heureux de mettre aux pieds de lEmpereur tout ce quun homme peut offrir et promettre: la propreté de lintention et le zèle du dévouement le plus absolu.

La Russie et la Révolution*

Pour comprendre de quoi il sagit dans la crise suprême où lEurope vient dentrer, voici ce quil faudrait se dire. Depuis longtemps il ny a plus en Europe que deux puissances réelles: la Révolution et la Russie. Ces deux puissances sont maintenant en présence, et demain peut-être elles seront aux prises. Entre lune et lautre il ny a ni traité, ni transaction possibles. La vie de lune est la mort de lautre. De lissue de la lutte engagée entre elles, la plus grande des luttes dont le monde ait été témoin, dépend pour des siècles tout lavenir politique et religieux de lhumanité.

Le fait de cet antagonisme éclate maintenant à tous les yeux, et cependant, telle est lintelligence dun siècle hébété par le raisonnement, que tout en vivant en présence de ce fait immense, la génération actuelle est bien loin den avoir saisi le véritable caractère et apprécié les raisons.

Jusquà présent cest dans une sphère didées purement politiques quon en a cherché lexplication; cest par des différences de principes dordre purement humain quon avait essayé de sen rendre compte. Non, certes, la querelle qui divise la Révolution et la Russie tient à des raisons bien autrement profondes; elles peuvent se résumer en deux mots.

La Russie est avant tout lempire chrétien; le peuple russe est chrétien non seulement par lorthodoxie de ses croyances, mais encore par quelque chose de plus intime encore que la croyance. Il lest par cette faculté de renoncement et de sacrifice qui fait comme le fond de sa nature morale. La Révolution est avant tout anti-chrétienne. Lesprit anti-chrétien est lâme de la Révolution; cest là son caractère propre, essentiel. Les formes quelle a successivement revêtues, les mots dordre quelle a tour à tour adoptés, tout, jusquà ses violences et ses crimes, na été quaccessoire ou accidentel; mais ce qui ne lest pas, cest le principe anti-chrétien

qui lanime, et cest lui aussi (il faut bien le dire) qui lui a valu sa terrible puissance sur le monde. Quiconque ne comprend pas cela, assiste en aveugle depuis soixante ans au spectacle que le monde lui offre.

Le moi humain, ne voulant relever que de lui-même, ne reconnaissant, nacceptant dautre loi que celle de son bon plaisir, le moi humain, en un mot, se substituant à Dieu, ce nest certainement pas là une chose nouvelle parmi les hommes; mais ce qui létait, cest cet absolutisme du moi humain érigé en droit politique et social et aspirant à ce titre à prendre possession de la société. Cest cette nouveauté-là qui en 1789 sest appelée la Révolution Française.

Depuis lors, et à travers toutes ses métamorphoses, la Révolution est restée conséquente à sa nature, et peut-être à aucun moment de sa durée ne sest-elle sentie plus elle-même, plus intimement anti-chrétienne que dans le moment actuel, où elle vient dadopter le mot dordre du christianisme: la fraternité. Cest même là ce qui pourrait faire croire quelle touche à son apogée. En effet, à entendre toutes ces déclamations naïvement blasphématoires qui sont devenues comme la langue officielle de lépoque, qui ne croirait que la nouvelle République Française na été unie au monde que pour accomplir la loi de lEvangile? Cest bien là aussi la mission que les pouvoirs quelle a créés se sont solennellement attribuée, sauf toutefois un amendement que la Révolution sest réservé dy introduire, cest quà lesprit dhumilité et de renoncement à soi-même qui est tout le fond du christianisme, elle entend substituer lesprit dorgueil et de prépotence, à la charité libre et volontaire, la charité forcée, et quà la place dune fraternité prêchée et acceptée au nom de Dieu, elle prétend établir une fraternité imposée par la crainte du peuple-souverain. A ces différences près, son règne promet en effet dêtre celui du Christ.

Et quon ne se laisse pas induire en erreur par cette espèce de bienveillance dédaigneuse que les nouveaux pouvoirs ont jusquici témoignée à lEglise catholique et à ses ministres. Ceci est peut-être le symptôme le plus grave de la situation et lindice le plus certain de la toute-puissance que la Révolution a obtenue. Pourquoi, en effet, la Révolution se montrerait-elle rébarbative envers un clergé, envers des prêtres chrétiens qui, non contents de la subir, lacceptent et ladoptent, qui pour la conjurer glorifient toutes ses violences et qui, sans y croire, sassocient à tous ses mensonges? Si dans une pareille conduite il ny avait que du calcul, ce calcul déjà serait de lapostasie; mais sil y entre de la conviction, cen est une bien plus grande encore.

Et cependant il est à prévoir que les persécutions ne manqueront pas; car le jour où la limite des concessions sera atteinte, le jour où lEglise catholique croira devoir résister, on verra quelle ne pourra le faire quen rétrogradant jusquau martyre. On peut sen fier à la Révolution: elle se montrera en toutes choses fidèle à elle-même et conséquente jusquau bout.

Lexplosion de Février a rendu ce grand service au monde, cest quelle a fait crouler jusquà terre tout léchafaudage des illusions dont on avait masqué la realité. Les moins intelligents doivent avoir compris maintenant que lhistoire de lEurope depuis trente-trois ans na été quune longue mystification. En effet, de quelle lumière inexorable tout ce passé, si récent et déjà si loin de nous, ne sest-il pas tout à coup illuminé? Qui, par exemple, ne comprend pas maintenant tout ce quil y avait de ridicule prétention dans cette sagesse du siècle qui sétait béatement persuadée quelle avait réussi à dompter la Révolution par lexorcisme constitutionnel, à lier sa terrible énergie par une formule de légalité? Qui pourrait douter encore, après ce qui sest passé, que du moment où le principe révolutionnaire est entré dans le sang dune société, tous ses procédés, toutes ses formules de transactions ne sont plus que des narcotiques qui peuvent bien momentanément endormir le malade, mais qui nempêchent pas le mal de poursuive son cours?

Et voilà pourquoi, après avoir dévoré la Restauration qui lui était personnellement odieuse comme un dernier débris de lautorité légitime en France, la Révolution na pas mieux supporté cet autre pouvoir, né delle-même, quelle avait bien accepté en 1830 pour lui servir de compère vis-à-vis de lEurope, mais quelle a brisé le jour où, au lieu de la servir, ce pouvoir sest avisé de se croire son maître.

A cette occasion, quil me soit permis de faire une réflexion. Comment ce fait-il que parmi tous les souverains de lEurope, aussi bien que parmi les hommes politiques qui lont dirigée dans ces derniers temps, il ny en a eu quun seul qui de prime abord ait reconnu et signalé la grande illusion de 1830 et qui depuis, seul en Europe, seul peut-être au milieu de son entourage, ait constamment refusé à sen laisser envahir? Cest que cette fois-ci il y avait heureusement sur le trône de Russie un Souverain en qui la pensée russe sest incarnée, et que dans létat actuel du monde la pensée russe est la seule qui soit placée assez en dehors du milieu révolutionnaire pour pouvoir apprécier sainement les faits qui sy produisent.

Ce que lEmpereur avait prévu dès 1830, la Révolution na pas manqué de le réaliser de point en point. Toutes les concessions, tous les sacrifices des principes faits par lEurope monarchique à létablissement de Juillet dans lintérêt dun simulacre de statu quo, la Révolution sen empara pour les utiliser au profit du bouleversement quelle méditait, et tandis que les pouvoirs légitimes faisaient de la diplomatie plus ou moins habile avec de la quasi-légitimité et que les hommes dEtat et les diplomates de toute lEurope assistaient en amateurs curieux et bienveillants aux joûtes parlementaires de Paris, le parti révolutionnaire, sans presque se cacher, travaillait sans relâche à miner le terrain sous leurs pieds.

On peut dire que la grande tâche du parti, durant ces dernières dix-huit années, a été de révolutionner de fond en comble lAllemagne, et lon peut juger maintenant si cette tâche a été bien remplie.

LAllemagne assurément est le pays sur lequel on sest fait le plus longtemps les plus étranges illusions. On le croyait un pays dordre, parce quil était tranquille, et on ne voulait pas voir lépouvantable anarchie qui y avait envahi et qui y ravageait les intelligences.

Soixante ans dune philosophie destructive y avaient complètement dissous toutes les croyances chrétiennes et développé, dans ce néant de toute foi, le sentiment révolutionnaire par excellence: lorgueil de lesprit, si bien quà lheure quil est, nulle part peut-être cette plaie du siècle nest plus profonde et plus envenimée quen Allemagne. Par une conséquence nécessaire, à mesure que lAllemagne se révolutionnait, elle sentait grandir sa haine contre la Russie. En effet, sous le coup des bienfaits quelle en avait reçus, une Allemagne révolutionnaire ne pouvait avoir pour la Russie quune haine implacable. Dans le moment actuel, ce paroxysme de haine paraît avoir atteint son point culminant; car il a triomphé en elle, je ne dis pas de toute raison, mais même du sentiment de sa propre conservation.

Si une aussi triste haine pouvait inspirer autre chose que de la pitié, la Russie certes se trouverait suffisamment vengée par le spectacle que lAllemagne vient de donner au monde à la suite de la révolution de Février. Car cest peut-être un fait sans précédent dans lhistoire que de voir tout un peuple se faisant le plagiaire dun autre au moment même où il se livre à la violence la plus effrénée.

Et quon ne dise pas, pour justifier tous ces mouvements si évidemment factices qui viennent de bouleverser tout lordre politique de lAllemagne et de compromettre jusquà lexistence de lordre social lui-même, quils ont été inspirés par un sentiment sincère généralement éprouvé, par le besoin de lunité allemande. Ce sentiment est sincère, soit; ce vœu est celui de la grande majorité, je le veux bien; mais quest-ce que cela prouve?.. Cest encore là une des plus folles illusions de notre époque que de simaginer quil suffise quune chose soit vivement, ardemment convoitée par le grand nombre, pour quelle devienne par cela seul nécessairement réalisable. Dailleurs, il faut bien le reconnaître, il ny a pas dans la société de nos jours ni vœu, ni besoin (quelque sincère, quelque légitime quil soit) que la Révolution en sen emparant ne dénature et ne convertisse en mensonge, et cest précisément ce qui est arrivé avec la question de lunité allemande: car pour qui na pas abdiqué toute faculté de reconnaître lévidence, il doit être clair dès à présent que dans la voie où lAllemagne vient de sengager à la recherche de la solution du problème, ce nest pas à lunité quelle aboutira, mais bien à un effroyable déchirement, à quelque catastrophe suprême et irréparable.

Oui, certes, on ne tardera pas à reconnaître que la seule unité qui fût possible, non pas pour lAllemagne telle que les journaux la font, mais pour lAllemagne réelle que son histoire la faite, la seule chance dunité sérieuse et pratique pour ce pays était indissolublement liée au système politique quil vient de briser.

Si, pendant ces dernières trente-trois années, les plus heureuses peut-être de toute son histoire, lAllemagne a formé un corps politique hiérarchiquement constitué et fonctionnant dune manière régulière, à quelles conditions un pareil résultat a-t-il pu être obtenu et assuré? Cétait évidemment à la condition dune entente sincère entre les deux grandes puissances qui représentent en Allemagne les deux principes qui se disputent ce pays depuis plus de trois siècles. Mais cet accord lui-même, si lent à sétablir, si difficile à conserver, croit-on quil eût été possible, quil eût pu durer aussi longtemps, si lAutriche et la Prusse, à lissue des grandes guerres contre la France, ne se fussent intimement ralliées à la Russie, fortement appuyées sur elle? Voilà la combinaison politique qui, en réalisant pour lAllemagne le seul système dunité qui lui fût applicable, lui a valu cette trêve de trente-trois ans quelle vient de rompre.

Il ny a ni haine, ni mensonge qui pourront jamais prévaloir contre ce fait-là. Dans un accès de folie, lAllemagne a bien pu briser une alliance qui, sans lui imposer aucun sacrifice, assurait et protégeait son indépendance nationale, mais par là même elle sest privée à jamais de toute base solide et durable.

Voyez plutôt la démonstration de cette vérité par la contre-épreuve des événements, dans ce terrible moment où les événements marchent presque aussi vite que la parole humaine. Il y a à peine deux mois que la Révolution en Allemagne sest mise à la besogne, et déjà il faut lui rendre cette justice, lœuvre de la démolition dans ce pays est plus avancée quelle ne létait sous la main de Napoléon après dix de ses foudroyantes campagnes.

Voyez lAutriche plus compromise, plus abattue, plus démantelée quen 1809. Voyez la Prusse vouée au suicide par sa connivence fatale et forcée avec le parti polonais. Voyez les bords du Rhin, où, en dépit des chansons et des phrases, la confédération Rhénane naspire quà renaître. Lanarchie partout, lautorité nulle part, et tout cela sous le coup dune France où bout une révolution sociale qui ne demande quà déborder dans la révolution politique qui travaille lAllemagne.

Dès à présent, pour tout homme sensé la question de lunité allemande est une question jugée. Il faudrait avoir ce genre dineptie propre aux idéologues allemands pour se demander sérieusement si ce tas de journalistes, davocats et de professeurs qui se sont réunis à Francfort, en se donnant la mission de recommencer Charlemagne, ont quelque chance appréciable de réussir dans lœuvre quils ont entreprise, si sur ce sol qui tremble ils auront la main assez puissante et assez habile pour relever la pyramide renversée en la faisant tenir sur la pointe.

La question nest plus là; il ne sagit plus de savoir si lAllemagne sera une, mais si de ces déchirements intérieurs compliqués probablement dune guerre étrangère elle parviendra à sauver un lambeau quelconque de son existence nationale.

Les partis qui vont déchirer ce pays commencent déjà à se dessiner. Déjà sur différents points la République a pris pied en Allemagne, et lon peut compter quelle ne se retirera pas sans avoir combattu, car elle a pour elle la logique et derrière elle la France. Aux yeux de ce parti la question de nationalité na ni sens, ni valeur. Dans lintérêt de sa cause il nhésitera pas un instant à immoler lindépendance de son pays, et il enrôlerait lAllemagne tout entière plutôt aujourdhui que demain sous le drapeau de la France, fût-ce même sous le drapeau rouge. Ses auxiliaires sont partout; il trouve aide et appui dans les hommes comme dans les choses, aussi bien dans les instincts anarchiques des masses que dans les institutions anarchiques que viennent dêtre semées avec tant de profusion à travers toute lAllemagne. Mais ses meilleurs, ses plus puissants auxiliaires sont précisément les hommes qui dun moment à lautre peuvent être appelés à la combattre: tant les hommes se trouvent liés à elle par la solidarité des principes. Maintenant, toute la question est de savoir si la lutte éclatera avant que les prétendus conservateurs aient eu le temps de compromettre par leurs divisions et leurs folies tous les éléments de force et de résistance dont lAllemagne dispose encore; si, en un mot, attaqués par le parti républicain, ils se décident à voir en lui ce quil est en effet lavant-garde de linvasion française, et retrouvent, dans le sentiment du danger dont lindépendance nationale sérait menacée, assez dénergie pour combattre la république à toute outrance; ou bien si pour sépargner la lutte ils aimeront mieux accepter quelque faux semblant de transaction qui ne serait au fond de leur part quune capitulation déguisée. Dans le cas où cette dernière supposition viendrait à se réaliser, alors (il faut le reconnaître) léventualité dune croisade contre la Russie, de cette croisade qui a toujours été le rêve chéri de la Révolution et qui maintenant est devenu son cri de guerre cette éventualité se convertirait en une presque certitude; le jour de la lutte décisive serait presque arrivé, et cest la Pologne qui servirait de champ de bataille. Voilà du moins la chance que caressent avec amour les révolutionnaires de tous les pays; mais il y a toutefois un élément de la question dont ils ne tiennent pas assez compte, et cette omission pourrait singulièrement déranger leurs calculs.

Le parti révolutionnaire, en Allemagne surtout, paraît sêtre persuadé que puisque lui-même faisait si bon marché de lélément national, il en serait de même dans tous les pays soumis à son action et que partout et toujours la question de principe primerait la question de nationalité. Déjà les événements de la Lombardie ont dû faire faire de singulières réflexions aux étudiants réformateurs de Vienne, qui sétaient imaginé quil suffisait de chasser le prince de Metternich et de proclamer la liberté de la presse pour résoudre les formidables difficultés qui pèsent sur la monarchie autrichienne. Les Italiens nen persistent pas moins à ne voir en eux que des Tedeschi et des Barbari, tout comme sils ne sétaient pas régénérés dans les eaux lustrales de lémeute. Mais lAllemagne révolutionnaire ne tardera pas à recevoir à cet égard une leçon plus significative et plus sévère encore, car elle lui sera administrée de plus près. En effet, on na pas pensé quen brisant ou en affaiblissant tous les anciens pouvoirs, quen remuant jusque dans ses profondeurs tout lordre politique de ce pays, on allait y réveiller la plus redoutable des complications, une question de vie et de mort pour son avenir la question des races. On avait oublié quau cœur même de cette Allemagne, dont on rêve

lunité, il y avait dans le bassin de la Bohême et dans les pays slaves qui lentourent six à sept millions dhommes pour qui, de générations en générations, lAllemand depuis des siècles na pas cessé dêtre un seul instant quelque chose de pis quun étranger, pour qui lAllemand est toujours un Il ne sagit pas ici bien entendu du patriotisme littéraire de quelques savants de Prague, tout honorable quil puisse être; ces hommes ont rendu sans doute de grands services à la cause de leur pays et ils lui en rendront encore; mais la vie de la Bohême nest pas là. La vie dun peuple nest jamais dans les livres que lon imprime pour lui, à moins toutefois que ce ne soit le peuple allemand; la vie dun peuple est dans ses instincts et dans ses croyances, et les livres, il faut lavouer, sont bien plus puissants pour les énerver et les flétrir que pour les ranimer et les faire vivre. Tout ce qui reste donc à la Bohême de vraie vie nationale est dans ses croyances Hussites, dans cette protestation toujours vivante de sa nationalité slave opprimée contre lusurpation de lEglise romaine, aussi bien que contre la domination allemande. Cest là le lien qui lunit à tout son passé de luttes et de gloire, et cest là aussi le chaînon qui pourra rattacher un jour le de la Bohême à ses frères dOrient. On ne saurait assez insister sur ce point, car ce sont précisément ces réminiscences sympathiques de lEglise dOrient, ce sont ces retours vers la vieille foi dont le hussitisme dans son temps na été quune expression imparfaite et défigurée, qui établissent une différence profonde entre la Pologne et la Bohême: entre la Bohême ne subissant que malgré elle le joug de la communauté occidentale, et cette Pologne factieusement catholique séide fanatique de lOccident et toujours traître vis-à-vis des siens.

Je sais que pour le moment la véritable question en Bohême ne sest pas encore posée et que ce qui sagite et se remue à la surface du pays, cest du libéralisme le plus vulgaire mêlé de communisme dans les villes et probablement dun peu de jacquerie dans les campagnes. Mais toute cette ivresse tombera bientôt, et au train dont vont les choses le fond de la situation ne tardera pas à paraître. Alors la question pour la Bohême sera celle-ci: une fois lEmpire dAutriche dissous par la perte de la Lombardie et par lémancipation maintenant complète de la Hongrie, que fera la Bohême avec ces peuples qui lentourent, Moraves, Slovaques, cest-à-dire sept à huit millions dhommes de même langue et de même race quelle? Aspirera-t-elle à se constituer dune manière indépendante, ou se prêtera-t-elle à entrer dans le cadre ridicule de cette future Unité Germanique qui ne sera jamais que lUnité du Chaos? Il est peu probable que ce dernier parti la tente beaucoup. Dès lors elle se trouvera infailliblement en butte à toutes sortes dhostilités et dagressions, et pour y résister ce nest certes pas sur la Hongrie quelle pourra sappuyer. Pour savoir donc quelle est la puissance vers laquelle la Bohême, en dépit des idées qui dominent aujourdhui et des institutions qui la régiront demain, se trouvera forcément entraînée, je nai besoin de me rappeler que ce que me disait en 1841 à Prague le plus national des patriotes de ce pays. La Bohême, me disait Hancka, ne sera libre et indépendante, ne sera réellement en possession delle-même que le jour où la Russie sera rentrée en possession de la Gallicie. En général cest une chose digne de remarque que cette faveur persévérante que la Russie, le nom russe, sa gloire, son avenir, nont cessé de rencontrer parmi les hommes nationaux de Prague; et cela au moment même où notre fidèle alliée lAllemagne se faisait avec plus de désintéressement que déquité la doublure de lémigration polonaise, pour ameuter contre nous lopinion publique de lEurope entière. Tout Russe qui a visité Prague dans le courant de ces dernières années pourra certifier que le seul grief quil y ait entendu exprimer contre nous, cétait de voir la réserve et la tiédeur avec lesquelles les sympathies nationales de la Bohême étaient accueillies parmi nous. De hautes, de généreuses considérations nous imposaient alors cette conduite; maintenant assurément ce ne serait plus quun contresens: car les sacrifices que nous faisions alors à la cause de lordre, nous ne pourrions les faire désormais quau profit de la Révolution.

Mais sil est vrai de dire que la Russie dans les circonstances actuelles a moins que jamais le droit de décourager les sympathies qui viendraient à elle, il est juste de reconnaître dautre part une loi historique qui jusquà présent a providentiellement régi ses destinées: cest que ce sont toujours ses ennemis les plus acharnés qui ont travaillé avec le plus de succès au développement de sa grandeur. Cette loi providentielle vient de lui en susciter un qui certainement jouera un grand rôle dans les destinées de son avenir et qui ne contribuera pas médiocrement à en hâter laccomplissement. Cet ennemi cest la Hongrie, jentends la Hongrie magyare. De tous les ennemis de la Russie cest peut-être celui qui la hait de la haine la plus furieuse. Le peuple magyar, en qui la ferveur révolutionnaire vient de sassocier par la plus étrange des combinaisons à la brutalité dune horde asiatique et dont on pourrait dire, avec tout autant de justice que des Turcs, quil ne fait que camper en Europe, vit entouré de peuples slaves qui lui sont tous également odieux. Ennemi personnel de cette race, dont il a pendant si longtemps abîmé les destinées, il se retrouve après des siècles dagitations et de turbulence toujours encore emprisonné au milieu delle. Tous ces peuples qui lentourent: Serbes, Croates, Slovaques, Transylvaniens et jusquaux Petits-Russiens des Carpathes, sont les anneaux dune chaîne quil croyait à tout jamais brisée. Et maintenant il sent au-dessus de lui une main qui pourra, quand il lui plaira, rejoindre ces anneaux et resserrer la chaîne à volonté. De là sa haine instinctive contre la Russie. Dautre part, sur la foi du journalisme étranger, les meneurs actuels du parti se sont sérieusement persuadés que le peuple magyare avait une grande mission à remplir dans lOrient Orthodoxe; que cétait à lui, en un mot, à tenir en échec les destinées de la Russie Jusquà présent lautorité modératrice de lAutriche avait tant bien que mal contenu toute cette turbulence et cette déraison; mais maintenant que le dernier lien a été brisé et que cest le pauvre vieux père, tombé en enfance, qui a été mis en tutelle, il est à prévoir que le Magyarisme complètement émancipé va donner libre cours à toutes ces excentricités et courir les aventures les plus folles. Déjà il a été question de lincorporation définitive de la Transylvanie. On parle de faire revivre danciens droits sur les principautés du Danube et sur la Serbie. On va redoubler de propagande dans tous ces pays-là pour les ameuter contre la Russie, et quand on y aura mis la confusion partout, on compte bien un beau jour sy présenter en armes pour revendiquer, au nom de lOccident lésé dans ses droits, la possession des bouches du Danube et dire à la Russie dune voix impérieuse: Tu niras pas plus loin. Voilà certainement quelques articles du programme qui sélabore maintenant à Presbourg. Lannée dernière tout cela nétait encore que phrases de journal, maintenant cela peut, dun moment à lautre, se traduire par des tentatives très sérieuses et très compromettantes. Ce qui paraît néanmoins le plus imminent, cest un conflit entre la Hongrie et les deux royaumes slaves qui en dépendent. En effet, la Croatie et la Slavonie, ayant prévu que laffaiblissement de lautorité légitime à Vienne allait les livrer infailliblement à la discrétion du Magyarisme, ont, à ce quil paraît, obtenu du gouvernement autrichien la promesse dune organisation séparée pour elles, en y joignant la Dalmatie et la frontière militaire. Cette attitude que ces pays ainsi groupés essaient de prendre vis-à-vis de la Hongrie ne manquera pas dexaspérer tous les anciens différends et ne tardera pas à y faire éclater une franche guerre civile, et comme lautorité du gouvernement autrichien se trouvera probablement trop débile pour sinterposer avec quelque chance de succès entre les combattants, les Slaves de la Hongrie qui sont les plus faibles succomberaient probablement dans la lutte sans une circonstance qui doit tôt ou tard leur venir nécessairement en aide: cest que lennemi quils ont à combattre est avant tout lennemi de la Russie, et cest quaussi sur toute cette frontière militaire, composée aux trois quarts de Serbes orthodoxes, il ny a pas une cabane de colon (au dire même des voyageurs autrichiens) où, à côté du portrait de lempereur dAutriche, lon ne découvre le portrait dun autre Empereur que ces races fidèles sobstinent à considérer comme le seul légitime. Dailleurs (pourquoi se le dissimuler) il est peu probable que toutes ces secousses de tremblement de terre qui bouleversent lOccident sarrêtent au seuil des pays dOrient; et comment pourrait-il se faire que dans cette guerre à outrance, dans cette croisade dimpiété que la Révolution, déjà maîtresse des trois quarts de lEurope Occidentale, prépare à la Russie, lOrient Chrétien, lOrient Slave-Orthodoxe, lui dont la vie est indissolublement liée à la nôtre, ne se trouvât entraîné dans la lutte à notre suite, et cest peut-être même par lui que la guerre commencera: car il est à prévoir que toutes ces propagandes qui le travaillaient déjà, propagande catholique, propagande révolutionnaire, etc., etc toutes opposées entre elles, mais réunies dans un sentiment de haine commune contre la Russie, vont maintenant se mettre à lœuvre avec plus dardeur que jamais. On peut être certain quelles ne reculeront devant rien pour arriver à leurs fins Et quel serait, juste Ciel! le sort de toutes ces populations chrétiennes comme nous, si, en butte, comme elles le sont déjà à toutes ces influences abominables, si la seule autorité quelles invoquent dans leurs prières venait à leur faire défaut, dans un pareil moment? En un mot, quelle ne serait pas lhorrible confusion où tomberaient ces pays dOrient aux prises avec la Révolution, si le légitime Souverain, si lEmpereur Orthodoxe dOrient tardait encore longtemps à y apparaître!

Non, cest impossible. Des pressentiments de mille ans ne trompent point. La Russie, pays de foi, ne manquera pas de foi dans le moment suprême. Elle ne seffraiera pas de la grandeur de ses destinées et ne reculera pas devant sa mission.

Et quand donc cette mission a-t-elle été plus claire et plus évidente? On peut dire que Dieu lécrit en traits de feu sur ce Ciel tout noir de tempêtes. LOccident sen va, tout croule, tout sabîme dans une conflagration générale, lEurope de Charlemagne aussi bien que lEurope des traités de 1815; la papauté de Rome et toutes les royautés de lOccident; le Catholicisme et le Protestantisme; la foi depuis longtemps perdue et la raison réduite à labsurde; lordre désormais impossible, la liberté désormais impossible, et sur toutes ces ruines amoncelées par elle, la civilisation se suicidant de ses propres mains

Et lorsque au-dessus de cet immense naufrage nous voyons comme une Arche Sainte surnager cet Empire plus immense encore, qui donc pourrait douter de sa mission, et serait-ce à nous, ses enfants, à nous montrer sceptiques et pusillanimes?..

12 avril 1848

La question Romaine*

Si, parmi les questions du jour ou plutôt du siècle, il en est une qui résume et concentre comme dans un foyer toutes les anomalies, toutes les contradictions et toutes les impossibilités contre lesquelles se débat lEurope Occidentale, cest assurément la question romaine.

Et il nen pouvait être autrement, grâce à cette inexorable logique que Dieu a mise, comme une justice cachée, dans les événements de ce monde. La profonde et irréconciliable scission qui travaille depuis des siècles lOccident, devait trouver enfin son expression suprême, elle devait pénétrer jusquà la racine de larbre. Or, cest un titre de gloire que personne ne contestera à Rome: elle est encore de nos jours, comme elle la toujours été, la racine du monde occidental. Il est douteux toutefois, malgré la vive préoccupation que cette question suscite, quon se soit rendu un compte exact de tout ce quelle contient.

Ce qui contribue probablement à donner le change sur la nature et sur la portée de la question telle quelle vient de se poser, cest dabord la fausse analogie de ce que nous avons vu arriver à Rome avec certains antécédents de ses révolutions antérieures; cest aussi la solidarité très réelle qui rattache le mouvement actuel de Rome au mouvement général de la révolution européenne. Toutes ces circonstances accessoires, qui paraissent expliquer au premier abord la question romaine, ne servent en réalité quà en dissimuler la profondeur.

Non, certes, ce nest pas là une question comme une autre car non seulement elle touche à tout dans lOccident, mais on peut même dire quelle le déborde.

On ne serait assurément pas accusé de soutenir un paradoxe ou davancer une calomnie en affirmant quà lheure quil est, tout ce qui reste encore de Christianisme positif à lOccident, se rattache, soit explicitement, soit par des affinités plus ou moins avouées, au Catholicisme Romain dont la Papauté, telle que les siècles lont faite, est évidemment la clef de voûte et la condition dexistence.

Le Protestantisme avec ses nombreuses ramifications, après avoir fourni à peine une carrière de trois siècles, se meurt de décrépitude dans tous les pays où il avait regné jusquà présent, lAngleterre seule exceptée; ou sil révèle encore quelques éléments de vie, ces éléments aspirent à rejoindre Rome. Quant aux doctrines religieuses qui se produisent en dehors de toute communauté avec lun ou lautre de ces deux symboles, ce ne sont évidemment que des opinions individuelles.

En un mot: la Papauté telle est la colonne unique qui soutient tant bien que mal en Occident tout ce pan de lédifice chrétien resté debout après la grande ruine du seizième siècle et les écroulements successifs qui ont eu lieu depuis. Maintenant cest cette colonne que lon se dispose à attaquer par sa base.

Nous connaissons fort bien toutes les banalités, tant de la presse quotidienne que du langage officiel de certains gouvernements, dont on a lhabitude de se servir pour masquer la réalité: on ne veut pas toucher à linstitution religieuse de la Papauté, on est à genoux devant elle, on la respecte, on la maintiendra, on ne conteste même pas à la Papauté son autorité temporelle, on prétend seulement en modifier lexercice. On ne lui demandera que des concessions reconnues indispensables et on ne lui imposera que des réformes parfaitement légitimes. Il y a dans tout ceci passablement de mauvaise foi et surabondamment dillusions.

Il y a certainement de la mauvaise foi, même de la part des plus candides, à faire semblant de croire que des réformes sérieuses et sincères, introduites dans le régime actuel de lEtat Romain, puissent ne pas aboutir dans un temps donné à une sécularisation complète de cet Etat.

Mais la question nest même pas là: la véritable question est de savoir au profit de qui se ferait cette sécularisation, cest-à-dire quels seront: la nature, lesprit et les tendances du pouvoir auquel vous remettriez lautorité temporelle après en avoir dépouillé la Papauté? Car, vous ne sauriez vous le dissimuler, cest sous la tutelle de ce nouveau pouvoir que la Papauté serait désormais appelée à vivre.

Et cest ici que les illusions abondent. Nous connaissons le fétichisme des Occidentaux pour tout ce qui est forme, formule et mécanisme politique. Ce fétichisme est devenu comme une dernière religion de lOccident; mais, à moins davoir les yeux et lesprit complètement fermés et scellés a toute expérience comme à toute évidence, comment, après ce qui vient de se passer, parviendrait-on encore à se persuader que dans létat actuel de lEurope, de lItalie, de Rome, les institutions libérales ou semi-libérales que vous aurez imposées au Pape resteraient longtemps aux mains de cette opinion moyenne, modérée, mitigée, telle que vous vous plaisez à la rêver dans lintérêt de votre thèse, quelles ne seraient point promptement envahies par la révolution et transformées aussitôt en machines de guerre pour battre en brèche, non pas seulement la souveraineté temporelle du Pape, mais bien linstitution religieuse elle-même. Car vous auriez beau recommander au principe révolutionnaire, comme lEternel à Satan, de ne molester que le corps du fidèle Job sans toucher à son âme, soyez bien convaincus que la révolution, moins scrupuleuse que lange des ténèbres, ne tendrait nul compte de vos injonctions.

Toute illusion, toute méprise à cet égard sont impossibles pour qui a bien réellement compris ce qui fait le fond du débat qui sagite en Occident ce qui en est devenu depuis des siècles la vie même; vie anormale mais réelle, maladie qui ne date pas dhier et qui est toujours encore en voie de progrès. Et sil se rencontre si peu dhommes qui ont le sentiment de cette situation, cela prouve seulement que la maladie est déjà bien avancée.

Nul doute, quant à la question romaine, que la plupart des intérêts qui réclament des réformes et des concessions de la part du Pape sont des intérêts honnêtes, légitimes et sans arrière-pensée; quune satisfaction leur est due et que même elle ne saurait leur être plus longtemps refusée. Mais telle est lincroyable fatalité de la situation, que ces intérêts dune nature toute locale et dune valeur comparativement médiocre dominent et compromettent une question immense. Ce sont de modestes et inoffensives habitations de particuliers situées de telle sorte quelles commandent une place de guerre et, malheureusement, lennemi est aux portes.

Car encore une fois la sécularisation de lEtat romain est au bout de toute réforme sincère et sérieuse quon voudrait y introduire, et dautre part la sécularisation dans les circonstances présentes ne serait quun désarmement devant lennemi une capitulation

Eh bien, quest-ce à dire? que la question romaine posée dans ces termes est tout bonnement un labyrinthe sans issue; que linstitution papale par le développement dun vice caché en est arrivée après une durée de quelques siècles à cette période de lexistence où la vie, comme on la dit, ne se faisait plus sentir que par une difficulté dêtre? Que Rome qui a fait lOccident à son image se trouve comme lui acculée à une impossibilité? Nous ne disons pas le contraire

Et cest ici quéclate visible comme le soleil cette logique providentielle qui régit comme une loi intérieure les événements de ce monde.

Huit siècles seront bientôt révolus depuis le jour où Rome a brisé le dernier lien qui la rattachait à la tradition orthodoxe de lEglise universelle. Ce jour-là Rome en se faisant une destinée à part a décidé pour des siècles de celle de lOccident.

On connaît généralement les différences dogmatiques qui séparent Rome de lEglise orthodoxe. Au point de vue de la raison humaine cette différence, tout en motivant la séparation, nexplique pas suffisamment labîme qui cest creusé non pas entre les deux Eglises puisque lEglise est Une et Universelle mais entre les deux mondes, les deux humanités pour ainsi dire qui ont suivi ces deux drapeaux différents.

Elle nexplique pas suffisamment comment ce qui a dévié alors, a dû de toute nécessité aboutir au terme où nous le voyons arriver aujourdhui.

Jésus-Christ avait dit: Mon Royaume nest pas de ce monde; eh bien, il sagit de comprendre comment Rome, après sêtre séparée de lUnité, sest crue en droit, dans un intérêt quelle a identifié avec lintérêt même du christianisme, dorganiser un Royaume du Christ comme un royaume du monde.

Il est très difficile, nous le savons bien, dans les idées de lOccident de donner à cette parole sa signification légitime; on sera toujours tenter de lexpliquer, non pas dans le sens orthodoxe, mais dans un sens protestant. Or, il y a entre ces deux sens la distance, qui sépare ce qui est divin de ce qui est humain. Mais pour être séparée par cette incommensurable distance, la doctrine orthodoxe, il faut le reconnaître, nest guère plus rapprochée de celle de Rome et voici pourquoi:

Rome, il est vrai, na pas fait comme le Protestantisme, elle na point supprimé le centre chrétien qui est lEglise, au profit du moi humain mais elle la absorbé dans le moi romain. Elle na point nié la tradition, elle sest contentée de la confisquer à son profit. Mais usurper sur ce qui est divin nest-ce pas aussi le nier?.. Et voilà ce qui établit cette redoutable, mais incontestable solidarité qui rattache à travers les temps lorigine du Protestantisme aux usurpations de Rome. Car lusurpation a cela de particulier que non-seulement elle suscite la révolte, mais crée encore à son profit une apparence de droit.

Aussi lécole révolutionnaire moderne ne sy est-elle pas trompée. La révolution, qui nest que lapothéose de ce même moi humain arrivé à son entier et plein épanouissement, na pas manqué de reconnaître pour siens et de saluer comme ses deux glorieux maîtres Luther aussi bien que Grégoire VII. La voix du sang lui a parlé et elle a adopté lun en dépit de ses croyances chrétiennes comme elle a presque canonisé lautre, tout pape quil était.

Mais si le rapport évident qui lie les trois termes de cette série est le fond même de la vie historique de lOccident, il est tout aussi incontestable quon ne saurait lui assigner dautre point de départ que cette altération profonde que Rome a fait subir au principe chrétien par lorganisation quelle lui a imposée.

Pendant des siècles lEglise dOccident, sous les auspices de Rome, avait presque entièrement perdu le caractère que la loi de son origine lui assignait. Elle avait cessé dêtre au milieu de la grande société humaine une société de fidèles librement réunie en esprit et en vérité sous la loi du Christ. Elle était devenue une institution, une puissance politique un Etat dans lEtat. A vrai dire, pendant la durée du moyen-âge, lEglise en Occident nétait autre chose quune colonie romaine établie dans un pays conquis.

Cest cette organisation qui, en rattachant lEglise à la glèbe des intérêts terrestres, lui avait fait, pour ainsi dire, des destinées mortelles. En incarnant lélément divin dans un corps infirme et périssable, elle lui a fait contracter toutes les infirmités comme tous les appétits de la chair. De cette organisation est sortie pour lEglise romaine, par une fatalité providentielle, la nécessité de la guerre, de la guerre matérielle, nécessité qui, pour une institution comme lEglise, équivalait à une condamnation absolue. De cette organisation sont nés ce conflit de prétentions et cette rivalité dintérêts qui devaient forcément aboutir à une lutte acharnée entre le Sacerdoce et lEmpire à ce duel vraiment impie et sacrilège qui en se prolongeant à travers tout le moyen-âge a blessé à mort en Occident le principe même de lautorité.

De là tant dexcès, de violences, dénormités accumulés pendant des siècles pour étayer ce pouvoir matériel dont Rome ne croyait pas pouvoir se passer pour sauvegarder lUnité de lEglise et qui néanmoins ont fini, comme ils devaient finir, par briser en éclats cette Unité prétendue. Car, on ne saurait le nier, lexplosion de la Réforme au seizième siècle na été dans son origine que la réaction du sentiment chrétien trop longtemps froissé, contre lautorité dune Eglise qui sous beaucoup de rapports ne létait plus que de nom. Mais comme depuis des siècles Rome sétait soigneusement interposée entre lEglise universelle et lOccident, les chefs de la Réforme, au lieu de porter leurs griefs au tribunal de lautorité légitime et compétente, aimèrent mieux en appeler au jugement de la conscience individuelle cest-à-dire quils se firent juges dans leur propre cause.

Voilà lécueil sur lequel la réforme du seizième siècle est venue échouer. Telle est, nen déplaise à la sagesse des docteurs de lOccident, la véritable et la seule cause qui a fait dévier ce mouvement de la réforme chrétien à son origine, jusquà la faire aboutir à la négation de lautorité de lEglise et, par suite, du principe même de toute autorité. Et cest par cette brèche, que le

Protestantisme a ouverte pour ainsi dire à son insu, que le principe anti-chrétien a fait plus tard irruption dans la société de lOccident.

Ce résultat était inévitable, car le moi humain livré à lui-même est anti-chrétien par essence. La révolte, lusurpation du moi ne datent pas assurément des trois derniers siècles, mais ce qui alors était nouveau, ce qui se produisait pour la première fois dans lhistoire de lhumanité, cétait de voir cette révolte, cette usurpation élevées à la dignité dun principe et sexerçant à titre dun droit essentiellement inhérent à la personnalité humaine.

II ne fallait pas moins que la venue au monde du Christianisme pour inspirer à lhomme des prétentions aussi altières, comme il ne fallait pas moins que la présence du souverain légitime pour rendre la révolte complète et lusurpation flagrante.

Depuis ces trois derniers siècles la vie historique de lOccident na donc été, et na pu être, quune guerre incessante, un assaut continuel livré à tout ce quil y avait déléments chrétiens dans la composition de lancienne société occidentale. Ce travail de démolition a été long, car avant de pouvoir sattaquer aux institutions il avait fallu détruire ce qui en faisait le ciment: cest-à-dire les croyances.

Ce qui fait de la première révolution française une date à jamais mémorable dans lhistoire du monde, cest quelle a inauguré pour ainsi dire lavènement de lidée anti-chrétienne aux gouvernements de la société politique.

Que cette idée est le caractère propre et comme lâme elle-même de la Révolution, il suffit, pour sen convaincre, dexaminer quel est son dogme essentiel, le dogme nouveau quelle a apporté au monde. Cest évidemment le dogme de la souveraineté du peuple. Or, quest-ce que la souveraineté du peuple, sinon celle du moi humain multiplié par le nombre cest-à-dire appuyé sur la force? Tout ce qui nest pas ce principe nest plus la révolution et ne saurait avoir quune valeur purement relative et contingente. Voilà pourquoi, soit dit en passant, rien nest plus niais, ou plus perfide que dattribuer aux institutions politiques que la Révolution a créées, une autre valeur que celle-là. Ce sont des machines de guerre admirablement appropriées à lusage pour lequel elles ont été faites, mais qui en dehors de cette destination ne sauraient jamais, dans une société régulière, trouver demploi convenable.

La Révolution dailleurs a pris soin elle-même de ne nous laisser aucun doute sur sa véritable nature en formulant ainsi ses rapports vis-à-vis du christianisme: lEtat comme tel na point de religion. Car tel est le Credo de lEtat moderne.

Voilà, à vrai dire, la grande nouveauté que la Révolution a apportée au monde. Voilà son oeuvre propre, essentielle un fait sans antécédents dans lhistoire des sociétés humaines.

Cétait la première fois quune société politique acceptait pour la régir un Etat parfaitement étranger à toute sanction supérieure à lhomme; un Etat qui déclarait quil navait point dâme ou que sil en avait une, cette âme nétait point religieuse. Car, qui ne sait que même dans lantiquité païenne, dans tout ce monde de lautre côté de la croix, placé sous lempire de la tradition universelle que le paganisme a bien pu défigurer mais sans linterrompre, la cité, lEtat, étaient avant tout une institution religieuse. Cétait comme un fragment détaché de la tradition universelle qui en sincarnant dans une société particulière se constituait comme un centre indépendant. Cétait pour ainsi dire de la religion localisée, matérialisée.

Nous savons fort bien que cette prétendue neutralité en matière religieuse nest pas une chose sérieuse de la part de la Révolution. Elle-même connaît trop bien la nature de son adversaire pour ne pas savoir que vis-à-vis de lui la neutralité est impossible: Qui nest pas pour moi est contre moi. En effet, pour offrir la neutralité au christianisme il faut déjà avoir cessé dêtre chrétien. Le sophisme de la doctrine moderne échoue ici contre la nature toute-puissante des choses. Pour que cette prétendue neutralité eût un sens, pour quelle fût autre chose quun mensonge et un piège, il faudrait de toute nécessité que lEtat moderne consentît à se dépouiller de tout caractère dautorité morale, quil se résignât à nêtre quune simple institution de police, un simple fait matériel, incapable par nature dexprimer une idée morale quelconque. Soutiendra-t-on sérieusement que la Révolution accepte pour lEtat quelle a créé et qui la représente une condition semblable, non seulement humble, mais impossible?.. Elle laccepte si peu que daprès sa doctrine bien connue elle ne fait dériver lincompétence de la loi moderne en matière religieuse que de la conviction où elle est que la morale, dépouillée de toute sanction surnaturelle, suffit aux destinées de la société humaine. Cette proposition peut être vraie ou fausse, mais cette proposition, on lavouera, est toute une doctrine, et, pour tout homme de bonne foi, une doctrine qui équivaut à la négation la plus complète de la vérité chrétienne.

Aussi, en dépit de cette prétendue incompétence et de sa neutralité constitutionnelle en matière de religion, nous voyons que partout où lEtat moderne sest établi, il na pas manqué de réclamer et dexercer vis-à-vis de lEglise la même autorité et les mêmes droits que ceux qui avaient appartenu aux anciens pouvoirs. Ainsi en France, par exemple, dans ce pays de logique par excellence, la loi a beau déclarer que lEtat comme tel na point de religion, celui-ci, dans ses rapports à légard de lEglise catholique, nen persiste pas moins à se considérer comme lhéritier parfaitement légitime du Roi très chrétien, du fils aîné de cette Eglise.

Rétablissons donc la vérité des faits. LEtat moderne ne proscrit les religions dEtat que parce quil a la sienne et cette religion cest la Révolution. Maintenant, pour en revenir à la question romaine, on comprendra sans peine la position impossible que lon prétend faire à la Papauté en lobligeant à accepter pour sa souveraineté temporelle les conditions de lEtat moderne. La Papauté sait fort bien quelle est la nature du principe dont il relève. Elle le comprend dinstinct, la conscience chrétienne du prêtre dans le Pape len avertirait au besoin. Entre la Papauté et ce principe il ny a point de transaction possible; car ici une transaction ne serait pas une pure concession de pouvoir, ce serait tout bonnement une apostasie. Mais, dira-t-on, pourquoi le Pape naccepterait-il pas les institutions sans le principe? Cest encore là une des illusions de cette opinion soi-disant modérée, qui se croit éminemment raisonnable et qui nest quinintelligente. Comme si des institutions pouvaient se séparer du principe qui les a créées et qui les fait vivre Comme si le matériel dinstitutions privées de leur âme était autre chose quun attirail mort et sans utilité un véritable encombrement. Dailleurs les institutions politiques ont toujours en définitive la signification que leur attribuent, non pas ceux qui les donnent, mais ceux qui les obtiennent surtout quand ils vous les imposent.

Si le Pape neût été que prêtre, cest-à-dire si la Papauté fût restée fidèle à son origine, la Révolution naurait eu aucune prise sur elle, car la persécution nen est pas une. Mais cest lélément mortel et périssable quelle sest identifié qui la rend maintenant accessible à ses coups. Cest là le gage que depuis des siècles la Papauté romaine a donné par avance à la Révolution.

Et cest ici, comme nous lavons dit, que la logique souveraine de laction providentielle sest manifestée avec éclat. De toutes les institutions que la Papauté a enfantées depuis sa séparation davec lEglise Orthodoxe, celle qui a le plus profondément marqué cette séparation, qui la le plus aggravée, le plus consolidée, cest sans nul doute la souveraineté temporelle du Pape. Et cest précisément contre cette institution que nous voyons la Papauté venir se heurter aujourdhui.

Depuis longtemps assurément le monde navait rien eu de comparable au spectacle qua offert la malheureuse Italie pendant les derniers temps qui ont précédé ses nouveaux désastres. Depuis longtemps nulle situation, nul fait historique navaient eu cette physionomie étrange. Il arrive parfois que des individus à la veille de quelque grand malheur se trouvent, sans motif apparent, subitement pris dun accès de gaieté frénétique, dhilarité furieuse eh bien, ici cest un peuple tout entier qui a été tout à coup saisi dun accès de cette nature. Et cette fièvre, ce délire sest soutenu, sest propagé pendant des mois. Il y a eu un moment où il avait enlacé comme dune chaîne électrique toutes les classes, toutes les conditions de la société et ce délire si intense, si général, avait adopté pour mot dordre le nom dun Pape!..

Que de fois le pauvre prêtre chrétien au fond de sa retraite na-t-il pas dû frémir au bruit de cette orgie dont on le faisait le dieu! Que de fois ces vociférations damour, ces convulsions denthousiasme nont-elles pas dû porter la consternation et le doute dans lâme de ce chrétien livré en proie à cette effrayante popularité!

Ce qui surtout devait le consterner, lui, le Pape, cest quau fond de cette popularité immense, à travers toute cette exaltation des masses, quelque effrénée quelle fût, il ne pouvait méconnaître un calcul et une arrière-pensée.

Cétait la première fois que lon affectait dadorer le Pape en le séparant de la Papauté. Ce nest pas assez dire: tous ces hommages, toutes ces adorations ne sadressaient à lhomme que parce que lon espérait trouver en lui un complice contre linstitution. En un mot, on voulait fêter le Pape en faisant un feu de joie de la Papauté. Et ce quil y avait de particulièrement redoutable dans cette situation, cest que ce calcul, cette arrière-pensée nétaient pas seulement dans lintention des partis, ils se retrouvaient aussi dans le sentiment instinctif des masses. Et rien assurément ne pouvait mieux mettre à nu toute la fausseté et toute lhypocrisie de la situation que de voir lapothéose décernée au chef de lEglise Catholique, au moment même où la persécution se déchaînait plus ardente que jamais contre lordre des Jésuites.

Linstitution des Jésuites sera toujours un problème pour lOccident. Cest encore là une de ces énigmes dont la clef est ailleurs. On peut dire avec vérité que la question des Jésuites tient de trop près à la conscience religieuse de lOccident pour quil puisse jamais la résoudre dune manière entièrement satisfaisante.

En parlant des jésuites, en cherchant à les soumettre à une appréciation équitable, il faut commencer par mettre hors de cause tous ceux (et leur nom est légion) pour qui le mot de jésuite nest plus quun mot de passe, un cri de guerre. Certes, de toutes les apologies que lon a essayées en faveur de cet ordre, il nen est pas de plus éloquente, de plus convaincante que la haine, cette haine furieuse et implacable que lui ont vouée tous les ennemis de la Religion Chrétienne. Mais, ceci admis, on ne saurait se dissimuler que bien des catholiques romains les plus sincères, les plus dévoués à leur Eglise, depuis Pascal jusquà nos jours, nont cessé de génération en génération de nourrir une antipathie déclarée insurmontable contre cette institution. Cette disposition desprit dans une fraction considérable du monde catholique constitue peut-être une des situations les plus réellement saisissantes et les plus tragiques où il soit donné à lâme humaine de se trouver placée.

En effet, que peut-on imaginer de plus profondément tragique que le combat qui doit se livrer dans le cœur de lhomme, lorsque, partagé entre le sentiment de la vénération religieuse, de ce sentiment de piété plus que filiale, et une odieuse évidence, il sefforce de récuser, de refouler le témoignage de sa propre conscience plutôt que de savouer: la solidarité réelle et incontestable qui lie lobjet de son culte à celui de son aversion. Et cependant telle est la situation de tout catholique fidèle qui, aveuglé par son inimitié contre les jésuites, cherche à se dissimuler un fait dune éclatante évidence, à savoir: la profonde, lintime solidarité qui lie cet ordre, ses tendances, ses doctrines, ses destinées, aux tendances, aux doctrines, aux destinées de lEglise romaine et limpossibilité absolue de les séparer lun de lautre, sans quil en résulte une lésion organique et une mutilation évidente. Car si, en se dégageant de toute prévention, de toute préoccupation de parti, de secte et même de nationalité, lesprit appliqué à limpartialité la plus absolue et le cœur rempli de charité chrétienne, on se place en présence de lhistoire et de la réalité et que, après les avoir interrogées lune et lautre, on se pose de bonne foi cette question: Quest-ce que les jésuites? voici, nous pensons, la réponse que lon se fera: les jésuites sont des hommes pleins dun zèle ardent, infatigable, souvent héroïque, pour la cause chrétienne et qui pourtant se sont rendus coupables dun bien grand crime vis-à-vis du christianisme; cest que, dominés par le moi humain, non pas comme individus mais comme ordre, ils ont cru la cause chrétienne tellement liée à la leur propre ils ont dans lardeur de la poursuite et dans lémotion du combat si complètement oublié cette parole du Maître: Que Ta volonté soit faite et non pas la mienne! quils ont fini par rechercher la victoire de Dieu à tout prix, sauf celui de leur satisfaction personnelle. Or, cette erreur, qui a sa racine dans la corruption originelle de lhomme et qui a été dune portée incalculable dans ses conséquences pour les intérêts du christianisme, nest pas, tant sen faut, un fait particulier à la Société de Jésus. Cette erreur, cette tendance, lui est si bien commune avec lEglise de Rome elle-même que lon pourrait à bon droit dire que cest elle qui les rattache lune à lautre par une affinité vraiment organique, par un véritable lien du sang. Cest cette communauté, cette identité de tendances qui fait de lInstitut des jésuites lexpression concentrée mais littéralement fidèle du catholicisme romain; qui fait pour tout dire que cest le catholicisme romain lui-même, mais à létat daction, à létat militant.

Et voilà pourquoi cet ordre: ballotté dâge en âge à travers les persécutions et le triomphe, loutrage et lapothéose, na jamais trouvé, et ne saurait trouver, en Occident, ni des convictions religieuses suffisamment désintéressées dans sa cause pour pouvoir lapprécier, ni une autorité religieuse compétente pour le juger. Une fraction de la société occidentale, celle qui a résolument rompu avec le principe chrétien, ne sattaque aux jésuites que pour pouvoir à couvert de leur impopularité mieux assurer les coups quelle adresse à son véritable ennemi. Quant à ceux des catholiques restés fidèles à Rome qui se sont faits les adversaires de cet ordre, bien quindividuellement parlant ils puissent comme chrétiens être dans le vrai, toutefois comme catholiques romains ils sont sans armes contre lui, car en lattaquant ils sexposeraient toujours au danger de blesser lEglise romaine elle-même.

Mais ce nest pas seulement contre les jésuites, cette force vive du catholicisme, quon a cherché à exploiter la popularité moitié factice, moitié sincère dont on avait enveloppé le pape Pie IX. Un autre parti encore comptait aussi sur lui une autre mission lui était réservée.

Les partisans de lindépendance nationale espéraient que, sécularisant tout à fait la Papauté au profit de leur cause, celui qui avant tout est prêtre, consentirait à se faire le gonfalonier de la liberté italienne. Cest ainsi que les deux sentiments les plus vivaces et les plus impérieux de lItalie contemporaine: lantipathie pour la domination séculière du clergé et la haine traditionnelle de létranger, du barbare, de lAllemand, revendiquaient tous deux, au profit de leur cause, la coopération du Pape. Tout le monde le glorifiait, le déifiait même, mais à la condition quil se ferait le serviteur de tout le monde, et cela dans un sens qui nétait nullement celui de lhumilité chrétienne.

Parmi les opinions ou les influences politiques qui venaient ainsi briguer son patronage en lui offrant leur concours, il y en avait une qui avait jeté précédemment quelque éclat parce quelle avait eu pour interprètes et pour apôtres quelques hommes dun talent littéraire peu commun. A en croire les doctrines naïvement ambitieuses de ces théoriciens politiques, lItalie contemporaine allait sous les auspices du Pontificat romain récupérer la primauté universelle et ressaisir pour la troisième fois le sceptre du monde. Cest-à-dire quau moment où létablissement papal était secoué jusque dans ses fondements, ils proposaient sérieusement au Pape de renchérir encore sur les données du moyen-âge et lui offraient quelque chose comme un Califat chrétien à la condition, bien entendu, que cette théocratie nouvelle sexercerait avant tout dans lintérêt de la nationalité italienne.

On ne saurait, en vérité, assez sémerveiller de cette tendance vers le chimérique et limpossible qui domine les esprits de nos jours et qui est un des traits distinctifs de lépoque. Il faut quil y ait une affinité réelle entre lutopie et la Révolution, car chaque fois que celle-ci, un moment infidèle à ses habitudes, veut créer au lieu de détruire, elle tombe infailliblement dans lutopie. Il est juste de dire que celle à laquelle nous venons de faire allusion est encore une des plus inoffensives.

Enfin vint un moment dans la situation donnée où, léquivoque nétant plus possible, la Papauté, pour ressaisir son droit, se vit obligée de rompre en visière aux prétendus amis du Pape. Cest alors que la Révolution jeta à son tour le masque et apparut au monde sous les traits de la république romaine.

Quant à ce parti on le connaît maintenant, on la vu à lœuvre. Cest le véritable, le légitime représentant de la Révolution en Italie. Ce parti-là considère la Papauté comme son ennemi personnel à cause de lélément chrétien quil découvre en elle. Aussi nen veut-il à aucun prix, pas même pour lexploiter. Il voudrait tout simplement la supprimer et cest par un motif semblable quil voudrait aussi supprimer tout le passé de lItalie, toutes les conditions historiques de son existence comme entachées et infectées de catholicisme, se réservant de rattacher, par une pure abstraction révolutionnaire, lexistence du régime quil prétend fonder, aux antécédents républicains de lancienne Rome.

Eh bien, ce quil y a de particulier dans cette brutale utopie, cest que, quel que soit le caractère profondément anti-historique dont elle est empreinte, elle aussi a sa tradition bien connue dans lhistoire de la civilisation italienne. Elle nest après tout que la réminiscence classique de lancien monde païen, de la civilisation païenne, tradition qui a joué un grand rôle dans lhistoire de lItalie, qui sest perpétuée à travers tout le passé de ce pays, qui a eu ses représentants, ses héros et même ses martyrs et qui, non contente de dominer presque exclusivement ses arts et sa littérature, a tenté à plusieurs reprises de se constituer politiquement pour semparer de la société tout entière. Et, chose remarquable, chaque fois que cette tradition, celle tendance a essayé de renaître, elle est toujours apparue à la manière des revenants, invariablement attachée à la même localité à celle de Rome.

Arrivée jusquà nos jours, le principe révolutionnaire ne pouvait guère manquer de laccueillir et de se lapproprier à cause de la pensée anti-chrétienne qui était en elle. Maintenant ce parti vient dêtre abattu et lautorité du Pape en apparence restaurée. Mais si quelque chose, il faut en convenir, pouvait encore grossir le trésor de fatalités que cette question romaine renferme, cétait de voir ce double résultat obtenu par une intervention de la France.

Le lieu commun de lopinion courante au sujet de cette intervention cest de ny voir, comme on le fait assez généralement, quun coup de tête ou une maladresse du gouvernement français. Ce quil y a de vrai à dire, à ce sujet, cest que si le gouvernement français, en sengageant dans cette question insoluble en elle-même, sest dissimulé quelle était plus insoluble pour lui que pour tout autre, cela prouverait seulement de sa part une complète inintelligence tant de sa propre position que de celle de la France ce qui dailleurs est fort possible, nous en convenons.

En général on sest trop habitué en Europe, dans ces derniers temps, à résumer lappréciation que lon fait des actes ou plutôt des velléités daction de la politique française par une phrase devenue proverbiale: La France ne sait ce quelle veut. Cela peut être vrai, mais pour être parfaitement juste on devrait ajouter que la France ne peut pas savoir ce quelle veut. Car pour y réussir il faut avant tout avoir Une volonté et la France depuis soixante ans est condamnée à en avoir deux.

Et ici il ne sagit pas de ce désaccord, de cette divergence dopinions politiques ou autres qui se rencontrent dans tous les pays où la société par la fatalité des circonstances se trouve livrée au gouvernement des partis. II sagit dun fait bien autrement grave; il sagit dun antagonisme permanent, essentiel et à tout jamais insoluble, qui depuis soixante ans constitue, pour ainsi dire, le fond même de la conscience nationale en France. Cest lâme de la France qui est divisée.

La Révolution, depuis quelle sest emparée de ce pays, a bien pu le bouleverser, le modifier, laltérer profondément, mais elle na pu, ni ne pourra jamais se lassimiler entièrement. Elle aura beau faire, il y a des éléments, des principes dans la vie morale de la France qui résisteront toujours ou du moins aussi longtemps quil y aura une France au monde; tels sont: lEglise catholique avec ses croyances et son enseignement; le mariage chrétien et la famille, et même la propriété. Dautre part, comme il est à prévoir que la Révolution, qui est entrée non-seulement dans le sang, mais dans lâme même de cette société, ne se décidera jamais à lâcher prise volontairement, et comme dans lhistoire du monde nous ne connaissons pas une formule dexorcisme applicable à une nation tout entière, il est fort à craindre que létat de lutte, mais dune lutte intime et incessante, de scission permanente et pour ainsi dire organique, ne soit devenu pour bien longtemps la condition normale de la nouvelle société française.

Et voilà pourquoi dans ce pays, où nous voyons depuis soixante ans se réaliser cette combinaison dun Etat révolutionnaire par principe traînant à la remorque une société qui nest que révolutionnée, le gouvernement, le pouvoir qui tient nécessairement des deux sans parvenir à les concilier, sy trouve fatalement condamné à une position fausse, précaire, entourée de périls et frappée dimpuissance. Aussi avons-nous vu que depuis cette époque tous les gouvernements en France moins un, celui de la Convention pendant la Terreur, quelque fût la diversité de leur origine, de leurs doctrines et de leurs tendances, ont eu ceci en commun: cest que tous, sans excepter même celui du lendemain de Février, ils ont subi la Révolution bien plus quils ne lont représentée. Et il nen pouvait être autrement. Car ce nest quà la condition de lutter contre elle, tout en la subissant, quils ont pu vivre. Mais il est vrai de dire que, jusquà présent du moins, ils ont tous péri à la tâche.

Comment donc un pouvoir ainsi fait, aussi peu sûr de son droit, dune nature aussi indécise, aurait-il eu quelque chance de succès en intervenant dans une question comme lest cette question romaine? En se présentant comme médiateur ou comme arbitre entre la Révolution et le Pape, il ne pouvait guère espérer de concilier ce qui est inconciliable par nature. Et dautre part il ne pouvait donner gain de cause à lune des parties adverses sans se blesser lui-même, sans renier pour ainsi dire une moitié de lui-même. Ce quil pouvait donc obtenir par cette intervention à double tranchant, quelque émoussé quil fût, cétait dembrouiller encore davantage ce qui déjà était inextricable, denvenimer la plaie en lirritant. Cest à quoi il a parfaitement réussi.

Maintenant quelle est au vrai la situation du Pape à légard de ses sujets? Et quel est le sort probable réservé aux nouvelles institutions quil vient de leur accorder? Ici malheureusement les plus tristes prévisions sont seules de droit. Cest le doute qui ne lest pas.

La situation, cest lancien état des choses, celui antérieur au règne actuel, celui qui dès lors croulait déjà sous le poids de son impossibilité, mais démesurément aggravé par tout ce qui est arrivé depuis. Au moral, par dimmenses déceptions et dimmenses trahisons; au matériel, par toutes les ruines accumulées.

On connaît ce cercle vicieux où depuis quarante ans nous avons vu rouler et se débattre tant de peuples et tant de gouvernements. Des gouvernés nacceptant les concessions que leur faisait le pouvoir, que comme un faible acompte payé à contrecœur par un débiteur de mauvaise foi. Des gouvernements qui ne voyaient dans les demandes quon leur adressait que les embûches dun ennemi hypocrite. Eh bien, cette situation, cette réciprocité de mauvais sentiments, détestable et démoralisante partout et toujours, est encore grandement envenimée ici par le caractère particulièrement sacré du pouvoir et par la nature tout exceptionnelle de ses rapports avec ses sujets. Car, encore une fois, dans la situation donnée et sur la pente où lon se trouve placé, non seulement par la passion des hommes, mais par la force même des choses, toute concession, toute réforme, pour peu quelle soit sincère et sérieuse, pousse infailliblement lEtat romain vers une sécularisation complète. La sécularisation, nul nen doute, est le dernier mot de la situation. Et cependant le Pape, sans droit pour laccorder même dans les temps ordinaires, puisque la souveraineté temporelle nest pas son bien, mais celui de lEglise de Rome, pourrait bien moins encore y consentir maintenant quil a la certitude que cette sécularisation, lors même quelle serait accordée à des nécessités réelles, tournerait en définitive au profit des ennemis jurés, non pas de son pouvoir seulement, mais de lEglise elle-même. Y consentir, ce serait se rendre coupable dapostasie et de trahison tout à la fois. Voici pour le Pouvoir. Pour ce qui est des sujets, il est clair que cette antipathie invétérée contre la domination des prêtres, qui constitue tout lesprit public de la population romaine, naura pas diminué par suite des derniers événements.

Et si dune part une semblable disposition des esprits suffit à elle seule pour faire avorter les réformes les plus généreuses et les plus loyales, dautre part linsuccès de ces réformes ne peut quajouter infiniment à lirritation générale, confirmer lopinion dans sa haine pour lautorité rétablie et recruter pour lennemi.

Voilà certes une situation parfaitement déplorable et qui a tous les caractères dun châtiment providentiel. Car pour un prêtre chrétien quel plus grand malheur peut-on imaginer que celui de se voir ainsi fatalement investi dun pouvoir quil ne peut exercer quau détriment des âmes et pour la ruine de la Religion!.. Non, en vérité, cette situation est trop violente, trop contre nature pour pouvoir se prolonger. Châtiment ou épreuve, il est impossible que la Papauté romaine reste longtemps encore enfermée dans ce cercle de feu sans que Dieu dans Sa miséricorde lui vienne en aide et lui ouvre une voie, une issue merveilleuse, éclatante, inattendue ou, disons mieux, attendue depuis des siècles.

Peut-être en est-elle séparée encore, elle la Papauté et lEglise soumise à ses lois, par bien des tribulations et bien des désastres; peut-être nest-elle encore quà lentrée de ces temps calamiteux. Car ce ne sera pas une petite flamme, ce ne sera pas un incendie de quelques heures que celui qui, en dévorant et réduisant en cendres des siècles entiers de préoccupations mondaines et dinimitiés anti-chrétiennes, fera enfin crouler devant elle cette fatale barrière qui lui cachait lissue désirée.

Et comment à la vue de ce qui se passe, en présence de cette organisation nouvelle du principe du mal, la plus savante et la plus formidable que les hommes aient jamais vue, en présence de ce monde du mal tout constitué et tout armé, avec son église dirréligion et son gouvernement de révolte, comment, disons-nous, serait-il interdit aux chrétiens despérer que Dieu daignera proportionner les forces de Son Eglise à Lui, à la nouvelle tâche quIl lui assigne? Quà la veille des combats qui se préparent Il daignera lui restituer la plénitude de ses forces, et quà cet effet Lui-même, à son heure, viendra, de Sa main miséricordieuse, guérir au flanc de Son Eglise la plaie que la main des hommes y a faite cette plaie ouverte qui saigne depuis huit cents ans!..

LEglise Orthodoxe na jamais désespéré de cette guérison. Elle lattend elle y compte non pas avec confiance, mais avec certitude. Comment ce qui est Un par principe, ce qui est Un dans lEternité, ne triompherait-il pas de la désunion dans le temps? En dépit de la séparation de plusieurs siècles et à travers toutes les préventions humaines elle na cessé de reconnaître que le principe chrétien na jamais péri dans lEglise de Rome; quil a toujours été plus fort en elle que lerreur et la passion des hommes, et voilà pourquoi elle a la conviction intime quil sera plus fort que tous ses ennemis. Elle sait, de plus, quà lheure quil est, comme depuis des siècles, les destinées chrétiennes de lOccident sont toujours encore entre les mains de lEglise de

Rome et elle espère quau jour de la grande réunion elle lui restituera intact ce dépôt sacré.

Quil nous soit permis de rappeler, en finissant, un incident qui se rattache à la visite que lEmpereur de Russie a faite à Rome en 1846. On sy souviendra peut-être encore de lémotion générale qui la accueilli à son apparition dans léglise de Saint-Pierre lapparition de lEmpereur orthodoxe revenu à Rome après plusieurs siècles dabsence! et du mouvement électrique qui a parcouru la foule, lorsquon la vu aller prier au tombeau des Apôtres. Cette émotion était juste et légitime. LEmpereur prosterné ny était pas seul. Toute la Russie était là prosternée avec lui. Espérons quil naura pas prié en vain devant les saintes reliques.

La Russie et l'Occident*

< I>
<1>
LA SITUATION EN 1849

Le mouvement de Février, en bonne logique, aurait dû aboutir à une croisade de tout lOccident révolutionné contre la Russie Si cela na pas eu lieu, cest la preuve que la Révolution na pas la vitalité nécessaire, ne fût-ce même que pour organiser la destruction en grand. En dautres termes, la Révolution est la maladie qui dévore lOccident. Elle nest pas lâme qui fait mouvement.

De là la possibilité de la réaction, comme celle inaugurée par les journées de juin de lannée dernière. Cest la réaction des parties non encore entamées de lorganisme souffrant contre lenvahissement progressif de la maladie. Cette résistance de Juin et toutes celles quelle a déterminées à sa suite sont un grand fait, une grande Révélation. Il est clair maintenant que la Révolution ne peut plus espérer nulle part de se faire gouvernement. Et semparât-elle momentanément du Pouvoir, elle ne ferait que déterminer une guerre civile, une guerre intestine. Cest-à-d <ire> elle minera et désorganisera la société, mais elle ne pourra ni la posséder en propre, ni la gouverner en son nom. Voilà un résultat acquis, et il est immense. Car ce nest pas seulement limpuissance de la Révolution, cest aussi limpuissance de lOccident. Toute action au-dehors lui est interdite. Il est radicalement scindé.

Pour le moment la Révolution est matériellement désarmée.

La répression de juin 1848 lui a paralysé les bras, la victoire de la Russie en Hongrie lui a fait tomber les armes des mains. Il va sans dire que pour être désarmée la Révolution nen est pas moins pleine de vie et de vigueur. Elle se retire pour le moment du champ de bataille, elle labandonne à ses vainqueurs. Que vont-ils faire de leur victoire?..

Et dabord, où en sont maintenant les Pouvoirs réguliers en Occident? Car pour préjuger quels peuvent être à lavenir leurs rapports vis-à-vis de la Révolution, il faudrait déterminer au préalable quelles sont les conditions morales de leur existence à eux-mêmes. En un mot, quel est le symbole de foi quils ont à opposer au symbole de la Révolution?

Quant au symbole révolutionnaire, nous le connaissons, et précisément, parce que nous le connaissons, nous nous expliquons fort bien doù lui vient son ascendant irrésistible sur lOccident, les méprises ne sont plus possibles, toute équivoque volontaire ou involontaire serait hors de saison.

La Révolution, à la considérer dans son principe le plus essentiel, le plus élémentaire, est le produit net, le dernier mot, le mot suprême de ce que lon est convenu dappeler depuis 3 siècles la civilisation de lOccident. Cest la pensée moderne toute entière depuis sa rupture avec lEglise.

Cette pensée est celle-ci: lhomme, en définitive, ne relève que de lui-même, tant pour la direction de sa raison que pour celle de sa volonté. Tout pouvoir vient de lhomme, tout autorité qui se réclame dun titre supérieur à lhomme nest quune illusion ou une déception. En un mot, cest lapothéose du moi humain dans le sens le plus littéral du mot.

Tel est qui lignore, le credo de lécole révolutionnaire; mais, sérieusement parlant, la société de lOccident, la civilisation de lOccident en a-t-elle un autre?..

Et les Pouvoirs publics de cette société, eux, qui depuis des générations nont eu pour y vivre dautre milieu intellectuel que celui-là, comment feront-ils maintenant pour en sortir? Et comment, sans en sortir, trouveront-ils le point dArchimède dont ils ont besoin pour y placer leur levier?

M-r Guizot lui-même a beau tonner maintenant contre la démocratie européenne, a beau lui reprocher, comme le principe de toutes ses erreurs et de tous ses méfaits, son idolâtrie pour elle-même: la démocratie occidentale, en se prenant pour lobjet de son culte, na fait, il faut bien le reconnaître, que suivre aveuglement les instincts que vous-même et vos propres doctrines ont contribué, autant que quoi que soit, à développer en elle? En effet, qui donc, plus que vous et votre école a réclamé, a revendiqué pour la raison de lhomme les droits de lautonomie; qui nous a enseigné à voir dans la réformation religieuse du 16-ième siècle moins encore un mouvement de réaction contre les abus et les prétentions illégitimes du catholicisme romain quune ère de lémancipation définitive de la raison humaine, salué dans la philosophie moderne la formule scientifique de cette émancipation et glorifié dans le mouvement révolutionnaire de 1789 lavènement au pouvoir, la prise de possession de la société moderne, par cette raison de lhomme, ainsi émancipé et ne relevant plus que delle-même? Après de pareils enseignements comment voulez-vous que le moi humain, cette molécule constitutive de la démocratie moderne, ne se prendrait-il pour lobjet de son idolâtrie, et puisque, de compte fait, il nest tenu à reconnaître dautre autorité que la sienne et qui prétendez-vous quil adore si ce nest lui-même? Sil ne le faisait pas, ce serait, ma foi, <.> modestie de sa part.

Reconnaissons-le donc, la Révolution, variée à linfini dans ses degrés et ses manifestations, est une et identique dans son principe, et cest de ce principe, il faut bien lavouer, quest sortie la civilisation actuelle de lOccident.

Nous ne nous dissimulons pas limmense portée de cet aveu. Nous savons fort bien que cest le fait que nous venons dénoncer qui imprime à la dernière catastrophe européenne le cachet dune époque tragique entre toutes les époques de lhistoire du monde. Nous assistons, très probablement, à la banqueroute dune civilisation toute entière

En effet, voilà depuis mainte et mainte générations que nous vous voyons, hommes de lOccident, tous occupés, peuples et gouvernements, riches et pauvres, les doctes et les ignorants, les philosophes et les gens du monde, tous occupés à lire en commun dans le même livre, dans le livre de la raison humaine émancipée, lorsquen février de lannée 1848 une fantaisie subite est venue à quelques-uns dentre vous, les plus impatients, les plus aventureux, de retourner la dernière page du livre et dy lire la terrible révélation que vous savez Maintenant on a beau se récrier, se gendarmer contre les téméraires. Comment faire, hélas, que ce qui a été lu, nait pas été lu Réussira-t-on à sceller cette formidable dernière page? Là est le problème.

Je sais bien que dans les sociétés humaines tout nest pas doctrine ou principe, quindépendamment des uns et des autres il y a les intérêts matériels qui suffisent ou à peu près, dans les temps ordinaires, à assurer leur marche, il y a, comme dans tout organisme vivant, linstinct de la conservation, qui peut pendant quelque temps lutter énergiquement contre une destruction imminente. Mais linstinct de la conservation qui na jamais pu sauver une armée battue, pourrait-il à la longue protéger efficacement une société en déroute?

Pour cette fois encore les Pouvoirs publics et la société à leur suite ont repoussé, il est vrai, le dernier assaut que leur a livré la Révolution. Mais est-ce bien avec ses propres forces, est-ce bien avec ses armes légitimes que la civilisation moderne, que la civilisation libérale de lOccident, sest protégée et défendue contre ses agresseurs?

Certes, sil y a eu un fait grandement significatif dans lhistoire de ces derniers temps, cest à coup sûr celui-ci: le lendemain du jour où la société europ<éenne> avait proclamé le suffrage universel comme larbitre suprême de ses destinées, cest à la force armée, cest à la discipline militaire quelle a été obligée de sadresser pour sauver la civilisation. Or, la force armée, la discipline militaire, quest-ce autre chose quun legs, un débris, si lon veut, du vieux monde, dun monde depuis longtemps submergé. Et cest pourtant en saccrochant à ce débris-là que la société contemporaine est parvenue à se sauver du nouveau déluge qui allait lengloutir à son tour.

Mais si la répression militaire, qui dans le système établi nest quune anomalie, quun heureux accident, a pu, dans un moment donné, sauver la société menacée, suffit-elle pour en assurer les destinées? En un mot, létat de siège pourra-t-il jamais devenir un système de gouvernement?..

Et puis, encore une fois, la Révolution nest pas seulement un ennemi en chair et en os. Cest <.> plus quun Principe. Cest un Esprit, une Intelligence, et pour le vaincre il faudrait savoir le conjurer.

Je sais bien que les derniers événements ont jeté dans tous les esprits dimmenses doutes et dimmenses désenchantements et que bien des enfants de la génération actuelle ont révoqué en doute la sagesse révolutionnaire de leurs pères. On a touché au doigt linanité des résultats obtenus. Mais si des illusions, quon pourrait déjà qualifier de séculaires ont été emportées par la dernière tempête, nulle foi ne les a remplacées Le doute sest creusé, et voilà tout. Car la pensée moderne peut bien batailler contre la Révolution sur telle ou telle autre de ses conséquences, le socialisme, le communisme, voire même lathéisme, mais pour en résoudre le Principe il faudrait quelle se reniât elle-même. Et voilà pourquoi aussi la société occidentale, qui est lexpression de cette pensée, en se voyant acculée à labîme par la catastrophe de Février, a bien pu se rejeter en arrière par un mouvement instinctif, mais il lui faudrait des ailes pour franchir le précipice ou un miracle, sans précédent dans lhistoire des Sociétés humaines, pour revenir sur ses pas.

Telle est la situation actuelle du monde. Elle est, certainement, claire pour la divine Providence, mais elle est insoluble pour la raison contemporaine.

Cest sous lempire de pareilles circonstances que les Pouvoirs publics de lOccident sont appelés à régir la Société, à la raffermir, à la rasseoir sur ses bases, et ils sont tenus à travailler à cette œuvre avec les instruments quils ont reçus des mains de la Révolution et qui ont été fabriqués pour son usage.

Mais indépendamment de cette tâche de pacification générale, qui est commune à tous les gouvernements, il y a dans chacun des grands Etats de lOccident des questions spéciales, qui sont le produit et comme le résumé de leur histoire particulière et qui, ayant été, pour ainsi dire, mises à lordre du jour par la Providence historique, réclament une solution imminente.

Cest à ces questions que sest attaquée dans les différents pays la Révolution européenne, mais elle na su y trouver quun champ de bataille contre le Pouvoir et la Société. Maintenant quelle a honteusement échoué dans tous ses efforts et dans toutes ses tentatives et quau lieu de résoudre les questions elle na fait que les envenimer, cest aux gouvernements à sy essayer, à leur tour, en travaillant à leur solution en présence même et, p<our> ainsi dire, sous le contrôle de lennemie quils ont vaincue.

Mais avant tout passons en revue les différentes questions.

<2>

Pour qui observe, en témoin intelligent, mais du dehors, le mouvement de lEurope Occidentale, il ny a assurément rien de plus remarquable et de plus instructif que, dune part, le désaccord constant, la contradiction manifeste et continue entre les idées qui y ont prévalu, entre ce quil faut bien appeler lopinion du siècle, lopinion publique, lopinion libérale et la réalité des faits, le cours des événements, et, dautre part, le peu dimpression que ce désaccord, cette contradiction si flagrante, paraît faire sur les esprits.

Pour nous, qui regardons du dehors, rien nest plus facile, assurément que de distinguer dans lEurope Occidentale le monde des faits, des réalités historiques, davec ce mirage immense et persistant, dont lopinion révolutionnaire, armée de la presse périodique, <.> comme recouvert la Réalité. Et cest dans ce mirage que vit et se meut, comme dans son élément naturel, depuis 30 à 40 ans, cette puissance aussi fantastique que réelle que lon appelle lOpinion publique

Cest une étrange chose, après tout, que cette fraction de la <société> le Public. Cest là, à proprement parler, la vie <du> peuple, le peuple élu de la Révolution. Cest cette minorité de la société occidentale qui (sur le continent au moins), grâce à la direction nouvelle, a rompu avec la vie historique des masses et a secoué toutes les croyances positives Ce peuple anonyme est le même dans tous les pays. Cest le peuple de lindividualisme, de la négation. Il y a cependant en lui un élément qui, tout négatif quil est, lui sert de lien et lui fait comme une sorte de religion. Cest la haine de lautorité sous toutes les formes et à tous ses degrés, la haine de lautorité comme principe. Cet élément parfaitement négatif, dès quil sagit dédifier et de conserver, devient terriblement positif, dès quil est question de renverser et de détruire. Et cest là, soit dit en passant, ce qui explique les destinées du gouvernement représentatif sur le continent. Car ce que les institutions nouvelles ont appelé jusquà présent la représentation, ce nest pas, quoi quon en dise, la société elle-même, la société réelle avec ses intérêts et ses croyances, mais cest ce quelque chose dabstrait et de révolutionnaire qui sappelle le public, représentant des opinions et rien de plus. Aussi ces institutions ont bien pu fomenter sachant lopposition, mais nulle part jusquà présent elles nont <.> fondé un gouvernement

Le monde réel, toutefois, le monde de la réalité historique, même sous le mirage nen est pas moins resté ce quil est et nen a pas moins poursuivi son chemin tout à côté de ce monde de lopinion publique qui, grâce à lacquiescement général, avait aussi acquis une sorte de réalité.

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Après que le parti révolutionnaire nous a donné le spectacle de son impuissance, vient maintenant le tour des gouvernements qui ne tarderont pas à prouver que sils sont encore assez forts pour sopposer à une destruction complète, ils ne le sont plus assez pour rien réédifier. Ils sont comme ces malades qui réussissent à triompher de la maladie, mais après que la maladie a profondément altéré leur constitution, et dont la vie désormais nest plus quune lente agonie. Lannée 1848 a été un tremblement de terre qui na pas renversé de fond en comble tous les édifices quelle a ébranlés, mais ceux même qui sont restés debout ont tellement été lézardés par la secousse, que leur chute définitive est toujours imminente.

En Allemagne la guerre civile est le fond même de sa situation politique. Cest plus que jamais lAllemagne de la guerre de Trente ans, le Nord contre le Midi, les souverainetés locales contre le Pouvoir unitaire, mais tout cela démesurément accru et renforcé par laction du principe révolutionnaire. En Italie ce nest pas seulement comme autrefois la rivalité de lAllemagne et de la France ou la haine de lItalie contre le Barbare ultramontain. Il y a de plus encore la guerre à mort déclarée par la Révolution armée du sentiment de la nationalité italienne contre le catholicisme compromis à la suite de la papauté romaine. Quant à la France qui ne peut plus vivre sans renier à chaque pas ce qui, depuis 60 ans, est devenu son principe de vie, la Révolution, cest un pays, logiquement et fatalement condamné à limpuissance. Cest une société condamnée par linstinct de sa conservation à ne se servir dun de ses bras que pour enchaîner lautre.

Telle est selon nous la situation actuelle de lOccident. La Révolution, conséquence logique et résumé définitif de la civilisation moderne, de la civilisation que le rationalisme anti-chrétien a conquise sur lEglise romaine, la Révolution, convaincue par le fait dune impuissance absolue comme organisation, mais dune puissance presque aussi grande comme dissolvant, dautre part, ce qui restait à lEurope des éléments de lancienne société, assez vivants encore, pour refouler, au besoin, sur un point donné laction matérielle de la Révolution, mais tellement eux aussi, pénétrés, saturés et altérés par le principe révolutionnaire, quils en sont devenus comme impuissants à produire quelque chose, qui fût généralement accepté par la société européenne, comme une autorité légitime, tel est le dilemme, qui se pose en ce moment dans toute son immense gravité. La part dincertitude que lavenir se réserve ne porte que sur un seul point: cest de savoir combien de temps il faudra à une situation semblable, pour produire toutes ces conséquences. Quant à la nature de ces conséquences, on ne saurait les pressentir quen sortant complètement du point de vue occidental et en se résignant à comprendre cette vérité vulgaire: cest que lOccident européen nest que la moitié dun grand tout organique et que les difficultés en apparence insolubles qui la travaillent ne trouveront leur solution que dans lautre moitié

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<2>

LA RUSSIE ET LOCCIDENT

I. Situation générale

I. La Situation en 1849

II. Question Romaine

II. La Question Romaine

III. LItalie

III. LItalie

IV. LUnité Allemande

IV. LUnité Allemande

V. LAutriche

V. LAutriche

VI. La Russie

VI. La Russie

VII. La Russie et Napoléon

VII. La Russie et Napoléon

VIII. LAvenir

VIII. La Russie et la Révolution

IX. LAvenir

< III>
<1>
LITALIE

Que veut lItalie? Le vrai, le factice.

Le vrai: lindépendance, la souveraineté municipale avec un lien fédéral lexpulsion de létranger, de lAllemand.

Le faux: lutopie classique: lItalie unitaire. Rome à la tête. Restauration romaine.

Doù vient cette utopie? Son origine son rôle dans le passé et jusquà nos jours.

Deux Italies. Celle du peuple, des masses, de la réalité. LItalie des lettrés, savants, révolutionnaires, depuis Petrarca jusquà Mazzini.

Rôle tout particulier de cette tendance des lettrés en Italie. Sa signification: cest une tradition de lancienne Rome, de la Rome payenne. Pourquoi ce simulacre a plus de réalité en Italie quailleurs.

LItalie romaine était une Italie conquise. Voilà pourquoi lunité de lItalie, telle que ces m<e>ss<ieu>rs lentendent, est un fait romain et nullement italien.

LItalie, alors, était la chose de Rome, parce que Rome avait lEmpire.

Ce que cest que lEmpire. Cest une délégation, les droits quelle confère.

On les perd, ces droits, quand la délégation est révoquée on les perd avec lEmpire. Cest ce qui est arrivé avec Rome. Mais le siège de lEmpire nétant plus en Italie, il ny a plus lieu à cette unité factice. Elle recouvre de plein droit son indépendance et ses autonomies locales.

Retrait de lEmpire à Rome et son transfert à lOrient. Cest la donnée chrétienne que la donnée payenne cherche à nier.

Et voilà pourquoi elle méconnaît la véritable situation de lItalie.

Une Italie rendue à la liberté de ses mouvements, mais dépouillée de lEmpire, une Italie, dépouillée de lEmpire, mais ne pouvant se passer de lautorité impériale.

Lautorité impériale: cest le lien du faisceau.

Pourquoi cette autorité na jamais tenu toute la place qui lui revient la Papauté la paralysée.

Lutte de la Papauté et de lEmpire ses conséquences pour lItalie.

Papauté romaine et Empire germanique. Tous deux usurpateurs vis-à-vis <de> lOrient dabord complices, puis ennemis. LItalie la proie quils se disputent. De là tous ses malheurs.

Coup dœil rapide sur cette lamentable histoire.

Tous les deux appellent en Italie létranger qui sy établit à demeure. La Papauté, bien que diminuée, garde touj <ours> Rome, centre du monde. LEmpire, en croulant, lègue à lItalie la domination autrichienne. La dernière lutte: lAutriche plus étrangère que jamais. LItalie plus déchirée que jamais. La Papauté se rapprochant de lAutriche. La cause de lIndépendance sidentifiant de plus en plus à la cause révolutionnaire. Immense gravité de la situation.

Une intervention française, au profit de la Révolution, ne pouvant que laggraver. Déchirement. Lutte intérieure de tous les éléments entreux. Situation sans issue.

Seule issue possible.

LEmpire rétabli. La Papauté sécularisée

<2>
LITALIE

II y a deux choses également et généralement détestées en Italie: les tedeschi et les preti.

Maintenant, quelle est la puissance qui serait en mesure de délivrer lItalie des uns et des autres, sans donner gain de cause à la Révolution et sans ruiner lEglise. Cette puissance, si elle existe, est la protectrice née de lItalie.

<3>

Le Pape vis-à-vis de la Réforme.

La question romaine dans les temps actuels est insoluble. Elle ne pourrait être résolue que par un retour de lEglise romaine vers lOrthodoxie.

Il ny a quun pouvoir temporel, appuyé sur lEglise universelle qui serait en mesure de réformer la Papauté, sans ruiner lEglise.

Ce pouvoir na jamais existé, ni put exister dans lOccident. Voilà pourquoi tous les pouvoirs temporels de lOccident, depuis les Hohenstauffen jusquà Napoléon, dans leurs démêlés avec les Papes ont fini par accepter, pour auxiliaire, le principe anti-chrétien tout comme les soi-disant réformateurs, et p<ar> le même motif.

< IV>
<1>
LUNITÉ ALLEMANDE

Quest-ce que le parlement de Francfort? Lexplosion de lAllemagne idéologue. LAllemagne idéologue son histoire.

Lidée unitaire est son œuvre propre. Elle ne vient pas des masses, de lhistoire. Ce qui le prouve, cest lutopie, le manque du sens de la réalité, qui ne manque jamais aux masses, mais presque touj <ours> aux lettrés.

Lunité allemande = prédominance européenne, mais où en sont les conditions?

Quétait lancien Empire germanique aux temps de sa puissance? Cétait un Empire, dont lâme était romaine et le corps slave (conquis sur les Slaves). Ce quil y avait dAllemand p<our ainsi> d<ire> ne contient pas létoffe nécessaire pour un Empire.

Entre la France qui pèse sur le Rhin et lEurope Orientale, gravitant vers la Russie, il y a place pour de lindépendance, mais non pour de la suprématie.

Or, une pareille condition politique, honnête, mais non prépondérante, appelle la fédération et se refuse à lunité.

Car lunité, le système unitaire suppose une Mission, et lAllemagne nen a plus

Mais même, dans les étroites limites, lunité organique est-elle possible pour lAllemagne?

Le dualisme inhérent à lAllemagne.

LEmpire avait été la formule, destinée à le conjurer. Cette formule sest trouvée insuffisante. LEmpire, réalisé à demi; le dualisme persistant à travers lEmpire.

LEmpire, ce qui en était lâme, brisé par la Réforme, et, par contre, le dualisme consacré par elle.

La guerre de 30 ans la organisé. Le dualisme devenu létat normal de lAllemagne. Autriche, Prusse.

Cela a duré ainsi jusquà nos jours. La Russie, le véritable Empire, en les ralliant à elle a endormi lantagonisme, mais ne la pas supprimé.

La Russie écartée, la guerre recommence.

Lunité impossible par principe, parce que avec lAutriche point dunité. Sans lAutriche pas dAllemagne. LAllemagne ne peut pas devenir Prusse, parce que la Prusse ne peut pas devenir Empire.

Empire suppose légitimité. La Prusse est illégitime.

LEmpire est ailleurs.

Provisoirement il y aura deux Allemagnes. Cest leur état de nature lunité leur viendra du dehors.

<2>
UNITÉ DALLEMAGNE

Toute la question de lunité dAllemagne se réduit maintenant à savoir si lAllemagne voudra se résigner à devenir Prusse.

Il faudrait, bien entendu, que lAllemagne le voulût volontairement. Car la Prusse est hors détat de ly forcer. Pour ly forcer, il ny a que deux moyens. La Révolution moyen impossible pour un gouv<ernemen>t régulier; la conquête impossible à cause des voisins.

Dautre part, le roi de Prusse, par la nature même de son origine, ne peut jamais être empereur dAllemagne. Pourquoi cela? Par la même raison qui fait que Luther naurait jamais pu devenir Pape.

La Prusse nétant autre chose que la négation de lEmpire dAllemagne.

Une négation réussie

Le principe dunité pour lAllemagne nest plus en Allemagne

< V>
<1>
LAUTRICHE

Quelle était la signification de lAutriche dans le passé? Elle exprimait le fait de la prédominance dune race sur une autre, de la race allemande sur la race slave.

Comment ce fait a-t-il été possible? à quelle condition?.. lexplication historique de la chose (seulement dynastique).

Ce fait de la prédominance allemande sur les Slaves infirmé par la Russie.

Aboli par les derniers événements.

Quest-ce que lAutriche est maintenant et que prétend-elle être?

LAutriche, devenue constitutionnelle, a proclamé la Gleichberechtigung, légalité du droit pour les différentes nationalités. Quelle en est la signification?

Est-ce un système de neutralité générale? une pure négation?

Mais lexistence dun grand Empire, basée sur une négation, est-elle possible?

La loi constitutionnelle est la loi de la majorité. Or, la majorité en Autriche étant slave, lAutriche devrait devenir slave. Cela est-il probable? ou même possible?

LAutriche peut-elle cesser dêtre allemande sans cesser dêtre?

Rapports entre ces deux races politiques et psychologiques (v<oir> Fallmereyer).

Loppression allemande nest pas seulement une oppression politique, elle est cent fois pire. Car elle découle de cette idée de lAllemand que sa prédominance sur le Slave est de droit naturel. De là un malentendu insoluble et une haine éternelle.

P<ar> c<onséquent> limpossibilité dune sincère égalité de droit. Mais lAllemand plie devant le fait accompli comme en Russie. Ainsi la Gleichberechtigung, proclamée par lAutriche, nest quun leurre.

Elle est allemande et restera allemande.

Quen résultera-t-il? Une guerre civile permanente des diverses nationalités non-allemandes contre les Allemands de Vienne, aussi bien que de ces nationalités entrelles, au moyen de la légalité constitutionnelle.

Et cest ainsi que la domination autrichienne au lieu dêtre une garantie dordre ne sera quun ferment de Révolution.

Populations slaves obligées de se faire révolutionnaires pour maintenir leur nationalité contre un pouvoir allemand.

La Hongrie qui, dans un Empire slave, aurait tout naturellement accepté la place subordonnée, que sa position lui fait. Acceptera-t-elle, vis-à-vis de lAutriche, la condition que celle-ci prétend lui faire?..

Graves inconvénients, dangers et finalement impossibilité résultant de tout ceci pour la Russie.

Après cela lAutriche est-elle possible? et pourquoi existerait-elle?

Une dernière réflexion.

LAutriche aux yeux de lOccident na dautre valeur que

dêtre une conception antirusse, et cependant elle ne saurait exister sans laide de la Russie.

Est-ce là une combinaison viable?..

La question pour les Slaves de lAutriche se réduit à ceci: ou rester Slaves en devenant Russes, ou devenir Allemands en restant Autrichiens.

<2>

LAutriche na plus de raison dêtre. On a dit: si lAutriche nexistait pas, il faudrait linventer et pourquoi?

Pour sen faire une arme contre la Russie, et lévénement vient de prouver que lassistance, lamitié, la protection de la Russie est une condition de vie pour lAutriche.

< VI>
LA RUSSIE

Les Occidentaux jugeant la Russie, cest un peu comme les Chinois jugeant lEurope ou plutôt les Grecs (Greculi) jugeant Rome. Ceci paraît être une loi de lhistoire: jamais une société, une civilisation na compris celle qui devait lui succéder.

Ce qui les induit en erreur encore davantage, cest la colonie occidentale des Russes civilisés, qui leur renvoie leur propre voix. La moquerie de lécho.

LOccident, ne voyant jusquà présent dans la Russie quun fait matériel, une force matérielle.

Pour lui la Russie est un effet sans cause.

C<est >-à-d<ire> quidéalistes, ils méconnaissent lidée.

Savants et philosophes, ils ont supprimé, dans leurs aperçus historiques, toute une moitié du monde européen.

Et cependant, en présence de cette force purement matérielle, doù leur vient ce quelque chose entre le respect et la crainte, le sentiment de lawe, quon na que pour lautorité?..

Ici encore linstinct plus intelligent que la science. Quest-ce donc la Russie? Que représente-t-elle? Deux choses: la race slave, lEmpire Orthodoxe.

1)La race.

Le panslavisme, tombé dans le domaine de la phraséologie révolutionnaire. Abus quon a fait de la nationalité. Costume de masque pour la Révolution. Les panslaves littéraires sont des idéologues allemands tout comme les autres.

Le panslavisme réel est dans les masses. Il se révèle au contact du soldat russe et du premier paysan slave venu, slovaque, serbe, bulgare etc., même magyar. Ils sont tous solidaires vis-à-vis du . Le panslavisme est encore ceci:

Pas de nationalité politique possible pour les Slaves en dehors de la Russie.

Ici vient se placer la question polonaise (voir larticle de St. Priest. Rev <ue> des D<eux> M<ondes> 1-er ).

2)LEmpire.

La question de race nest que secondaire ou plutôt ce nest pas un principe. Cest un élément. Le principe plastique cest la tradition orthodoxe.

La Russie est orthodoxe plus encore que slave. Cest comme orthodoxe quelle est dépositaire de lEmpire.

Ce que cest que lEmpire? Doctrine de lEmpire. LEmpire ne meurt pas. Il se transmet. Réalité de cette transmission. Les 4 Empires passés. Le 5-ième définitif.

Cette tradition niée par lécole révolutionnaire au même titre que la tradition dans lEglise.

Cest lindividualisme niant lhistoire.

Et cependant lidée de lEmpire a été lâme de toute lhistoire de lOccident.

Charlemagne. Charles V. Louis XIV. Napoléon.

La Révolution la tuée, ce qui a commencé la dissolution de lOccident. Mais lEmpire, en Occident, na jamais été quune usurpation.

Cest une dépouille que les Papes ont partagée avec les Césars dAllemagne (de là leurs discordes).

LEmpire légitime est resté attaché à la succession de Constantin. Montrer et démontrer la réalité historique de tout ceci.

Ce que cétait que lEmpire dOrient (fausses vues de la

science occidentale sur lEmpire dOrient) transmis à la Russie.

Cest comme Empereur dOrient que le est Empereur de Russie.

, , disaient les Petits-Russes et disent tous les orthodoxes dOrient, slaves et autres.

Quant aux Turcs, ils ont occupé lOrient orthodoxe pour le mettre à couvert des Occidentaux pendant que lEmpire légitime sorganisait.

LEmpire est un:

lEglise orthodoxe en est lâme, la race slave en est le corps. Si la Russie naboutissait pas à lEmpire, elle avorterait.

LEmpire dOrient: cest la Russie définitive.

< VII>
<1>
LA RUSSIE ET NAPOLÉON

On a fait de la rhétorique avec Napoléon. On en a méconnu la réalité historique, et voilà pourquoi on en a manqué la Poésie.

Cest un centaure moitié Révolution, moitié mais il tenait à la Révolution par les entrailles.

Lhistoire de son sacre est le symbole de toute son histoire. Il a, dans sa personne, essayé de faire sacrer la Révolution. Cest ce qui a fait de son règne une parodie sérieuse. La Révolution avait tué Charlemagne, lui a voulu le refaire. Mais depuis lapparition de la Russie Charlemagne nétait plus possible

De là le conflit inévitable entre la Russie et lui. Ses sentiments contradictoires à légard de la Russie, attrait et répulsion.

II aurait voulu partager lEmpire quil ne laurait pas pu. LEmpire est un principe. Il ne se partage pas.

(Si lhistoire dErfurt est vraie, cest le moment de la plus grande aberration dans les directions de la Russie.)

Chose remarquable: lennemi personnel de Napoléon est

lAngleterre. Et cependant cest contre la Russie quil sest <.>. Cest que cétait là son véritable adversaire la lutte entre lui et elle, cétait la lutte entre lEmpire légitime et la Révolution couronnée.

Lui-même à la manière antique a prophétisé sur elle: La fatalité lentraîne. Que ses destinées saccomplissent.

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<2>

Napoléon, cest la parodie sérieuse de Charlemagne Nayant pas le sentiment de son droit, il a toujours joué un rôle, et cest ce quelque chose de mondain qui ôte toute grandeur à sa grandeur. Sa tentative de recommencer Charlemagne nétait pas seulement un anachronisme comme pour Louis XIV, pour Charles V, ses devanciers, mais cétait un scandaleux contresens. Car elle se faisait au nom dun Pouvoir, la Révolution, qui sétait donné pour mission essentielle dessuyer jusquaux derniers vestiges de lœuvre de Charlemagne.

< IX>
<1>

1.Quest-ce que le lieu commun sur la Monarchie universelle? Doù vient-il?..

2.Léquilibre politique est, dans lhistoire, le pendant de la division des pouvoirs, dans le droit public. Lun et lautre conséquences, du point de vue révolutionnaire, négation du point de vue organique.

3.La Monarchie universelle cest lEmpire. Or lEmpire a toujours existé. Seulement il a changé de mains.

4.Les 4 Empires: Assyrie, Perse, Macédoine, Rome. A Constantin commence le 5-ième, lEmpire définitif, lEmpire chrétien.

5.On ne peut nier lEmpire chrétien sans nier lEglise chrétienne. Lun et lautre sont corrélatifs. Dans les deux cas cest nier la tradition.

6.LEglise, en consacrant lEmpire, se lest associé p<ar> cons<équen>t la rendu définitif.

De là vient que tout ce qui nie le Christianisme est souvent très puissant comme destruction, mais toujours nul comme organisation parce que cest une révolte contre lEmpire.

7.Mais cet Empire qui, en principe, est indéfectible a pu, en réalité, avoir ses défaillances, ses intermittences, ses éclipses.

8.Quest-ce que lhistoire de lOccident commençant à Charlemagne et qui sachève sous nos yeux?

Cest lhistoire de lEmpire usurpé.

9.Le Pape, en révolte contre lEglise universelle, a usurpé les droits de lEmpire quil a partagé, comme une dépouille, avec le soi-disant Empereur dOccident.

10.De là ce qui arrive ordinairement entre complices. La longue lutte entre la Papauté de Rome, schismatique, et lEmpire dOccident, usurpé, aboutissant, pour lune, à la Réformation, cest-à-d<ire> à la négation de lEglise, et pour lautre à la Révolution, cest-à-d<ire> à la négation de lEmpire.

<2>

Nous touchons à la Monarchie universelle, cest-à-d<ire> au rétablissement de lEmpire légitime.

La Révolution de 1789 cétait la dissolution de lOccident. Elle a détruit lautonomie de lOccident.

La Révolution a tué, en Occident, le Pouvoir intérieur, indigène, et la, par cons<é> qu<ent> assujetti à un Pouvoir étranger, extérieur. Car nulle société ne saurait vivre sans Pouvoir. Et voilà pourquoi toute société, qui ne peut le tirer de

ses propres entrailles, est condamnée, par linstinct de sa conservation, à laller emprunter du dehors.

Napoléon a marqué la dernière tentative désespérée de lOccident de se créer un Pouvoir indigène, elle a échoué nécessairement. Car on ne saurait tirer le Pouvoir du Principe Révolutionnaire. Or, Napoléon nétait pas et ne pouvait être autre chose.

Ainsi, depuis 1815, lEmpire de lOccident nest plus dans lOccident. LEmpire sest tout entier retiré et concentré là où de tout temps a été la tradition légitime de lEmpire. Lannée 1848 en a commencé linauguration définitive Il faut toutefois quelle saide de deux grands faits qui sont en voie de saccomplir.

Dans lordre temporel lorganisation de lEmpire Gréco-Slave. Dans lordre spirituel la réunion des deux Eglises.

Le premier de ces faits a décidément commencé le jour où lAutriche, pour sauver un simulacre dexistence, a eu recours à lassistance de la Russie. Car une Autriche, sauvée par la Russie, est de toute nécessité une Autriche absorbée par la Russie (un peu plus tôt, <un peu> plus tard).

Or labsorption de lAutriche nest pas seulement le complément nécessaire de la Russie comme Empire slave, cest encore la soumission à celle-ci de lAllemagne et de lItalie, les deux pays dEmpire.

Lautre fait, prélude de la réunion des Eglises, cest le Pape de Rome dépouillé de son pouvoir temporel.

*

13 septembre 1849

Au point où nous sommes parvenus, on peut sans trop de présomption entrevoir dans lavenir deux grands faits providentiels qui doivent dans un temps donné venir clore pour lOccident linterrègne révolutionnaire des 3 derniers siècles et inaugurer pour lEurope une ère nouvelle.

Ces deux faits sont ceux-ci:

1)la Constitution définitive du grand Empire Orthodoxe, de lEmpire légitime dOrient en un mot de la Russie à venir: accomplie par labsorption de lAutriche et la reprise de Constantinople.

2)la Réunion des deux Eglises dOrient et dOccident.

Ces deux faits, à vrai dire, nen forment quun seul qui peut se résumer ainsi:

Un Empereur orthodoxe à Constantinople, Maître et Protecteur de lItalie et de Rome.

Un Pape orthodoxe à Rome, sujet de lEmpereur.

Lettre sur la censure en Russie*

Je profite de lautorisation que vous avez bien voulu me donner, pour vous soumettre quelques réflexions, qui se rattachent à lobjet de notre dernier entretien. Je nai assurément pas besoin de vous exprimer encore une fois ma sympathique adhésion à lidée que vous avez eu la bonté de me communiquer et, dans le cas où on tenterait de la réaliser, de vous assurer de ma sérieuse bonne volonté de la servir de tous mes moyens. Mais cest précisément pour être mieux à même de le faire que je crois devoir, avant toute chose, mexpliquer franchement vis-à-vis de vous sur ma manière denvisager la question. Il ne sagit pas ici, bien entendu, de faire une profession de foi politique. Ce serait une puérilité: de nos jours, en fait dopinions politiques, tous les gens raisonnables sont à peu près du même avis; on ne diffère les uns des autres que par le plus ou le moins dintelligence que lon apporte à bien reconnaître ce qui est et à bien apprécier ce qui devrait être. Cest sur le plus ou le moins de vérité qui se trouve dans ces appréciations quil sagirait avant tout de sentendre. Car sil est vrai (comme vous lavez dit, mon prince) quun esprit pratique ne saurait vouloir dans une situation donnée que ce qui est réalisable en égard aux personnes, il est tout aussi vrai quil serait peu digne dun esprit réellement pratique de vouloir une chose quelconque en dehors des conditions naturelles de son existence. Mais, venons au fait. Sil est une vérité, parmi beaucoup dautres, qui soit sortie, entourée dune grande évidence, de la sévère expérience des dernières années, cest assurément celle-ci: il nous a été rudement prouvé quon ne saurait imposer aux intelligences une contrainte, une compression trop absolue, trop prolongée, sans quil en résulte des dommages graves pour lorganisme social tout entier. Il paraît que tout affaiblissement, toute diminution notable de la vie intellectuelle dans une société tourne nécessairement au profit des appétits matériels et des instincts sordidement égoïstes. Le Pouvoir lui-même néchappe pas à la longue aux inconvénients dun pareil régime. Un désert, un vide intellectuel immense se fait autour de la sphère où il réside, et la pensée dirigeante, ne trouvant en dehors delle-même ni contrôle, ni indication, ni un point dappui quelconque, finit par se troubler et par saffaisser sous son propre poids, avant même que de succomber sous la fatalité des événements. Heureusement, cette rude leçon na pas été perdue. Le sens droit et la nature bienveillante de lEmpereur régnant ont compris quil y avait lieu à se relâcher de la rigueur excessive du système précédent et à rendre aux intelligences lair qui leur manquait

Eh bien (je le dis avec une entière conviction), pour qui a suivi depuis lors dans son ensemble le travail des esprits, tel quil sest produit dans le mouvement littéraire du pays, il est impossible de ne pas se féliciter des heureux effets de ce changement de système. Je ne me dissimule pas plus quun autre les côtés faibles et parfois même les écarts de la littérature du jour; mais il y a un mérite quon ne saurait lui refuser sans injustice, et ce mérite-là est bien réel: cest que du jour où la liberté de la parole lui a été rendue dans une certaine mesure, elle cest constamment appliquée à exprimer de son mieux et le plus fidèlement possible la pensée même du pays. A un sentiment très vif de la réalité contemporaine et à un talent souvent fort remarquable de la reproduire, elle a joint une sollicitude non moins vive pour tous les besoins réels, pour tous les intérêts, pour toutes les plaies de la société russe. Comme le pays lui-même, en fait daméliorations à accomplir, elle ne sest préoccupée que de celles qui étaient possibles, pratiques et clairement indiquées, sans se laisser envahir par lutopie, cette maladie si éminemment littéraire. Si dans la guerre quelle a faite aux abus elle sest laissée parfois entraîner à dévidentes exagérations, on peut dire, en son honneur, que dans son zèle à

les combattre elle na jamais séparé dans sa pensée les intérêts de lAutorité Suprême davec ceux du pays: tant elle était pénétrée de cette sérieuse et loyale conviction, que faire la guerre aux abus, cétait la faire aux ennemis personnels de lEmpereur Souvent, de nos jours, pareils dehors de zèle ont, je le sais bien, recouvert de très mauvais sentiments et servi à dissimuler des tendances qui nétaient rien moins que loyales; mais, grâce à lexpérience que les hommes de notre âge doivent avoir nécessairement acquise, rien de plus facile que de reconnaître, à la première vue, ces ruses du métier, et le faux dans ce genre ne trompe plus personne.

On peut affirmer quà lheure quil est, en Russie il y a deux sentiments dominants et qui se retrouvent presque toujours étroitement associés lun à lautre: cest lirritation et le dégoût que soulève la persistance des abus, et une religieuse confiance dans les intentions pures, droites et bienveillantes du Souverain.

On est généralement convaincu que personne plus que Lui ne souffre de ces plaies de la Russie et nen désire plus énergiquement la guérison; mais nulle part peut-être cette conviction nest aussi vive et aussi entière que précisément dans la classe des hommes de lettres, et cest remplir le devoir dun homme dhonneur, que de saisir toutes les occasions pour proclamer bien haut quil ny a pas peut-être en ce moment de classe de la société qui soit plus pieusement dévouée que celle-ci à la Personne de lEmpereur.

Ces appréciations (je ne le cache pas) pourraient bien rencontrer plus dun incrédule dans quelques régions de notre monde officiel. Cest que de tout temps il y a eu dans ce monde-là comme un parti pris de défiance et de mauvaise humeur, et cela sexplique fort bien par la spécialité du point de vue. Il y a des hommes qui ne connaissent de la littérature que ce que la police des grandes villes connaît du peuple quelle surveille, cest-à-dire des incongruités et les désordres auxquels le bon peuple se laisse parfois entraîner.

Non, quoi quon en dise, le gouvernement jusquà présent na pas eu lieu de se repentir davoir mitigé en faveur de la presse les rigueurs du régime qui pesait sur elle. Mais dans cette question de la presse, était-ce là tout ce quil y avait à faire, et en présence de ce travail des esprits plus libre et à mesure que le mouvement littéraire ira grandissant, lutilité et la nécessité dune direction supérieure ne se fera-t-elle pas sentir tous les jours davantage? La censure à elle seule, de quelque manière quelle sexerce, est loin de suffire aux exigences de cette situation nouvelle. La censure est une borne et nest pas une direction. Or, chez nous, en littérature comme en toute chose, il sagit bien moins de réprimer que de diriger. La direction, une direction forte, intelligente, sûre delle-même, voilà le cri du pays, voilà le mot dordre de notre situation tout entière.

On se plaint souvent de lesprit dindocilité et dinsubordination qui caractérise les hommes de la génération nouvelle. Il y a beaucoup de malentendu dans cette accusation. Ce qui est certain cest quà aucune autre époque il ny a eu autant dintelligences actives à létat de disponibilité et rongeant comme un frein linertie qui leur est imposée. Mais ces mêmes intelligences, parmi lesquelles se recrutent les ennemis du Pouvoir, bien souvent ne demandent pas mieux que de le suivre, du moment quil veut bien se prêter à les associer à son action et à marcher résolument à leur tête. Cest cette vérité dexpérience, enfin reconnue, qui, depuis les dernières crises révolutionnaires en Europe, a beaucoup contribué dans les différents pays à modifier sensiblement les rapports du Pouvoir avec la presse. Et ici, mon prince, je me permettrai de rappeler, à lappui de ma thèse, le témoignage de vos propres souvenirs.

Vous, qui avez connu comme moi lAllemagne davant 1848, vous devez vous rappeler quelle était lattitude de la presse dalors vis-à-vis des gouvernements allemands, quelle aigreur, quelle hostilité caractérisait ses rapports avec eux, que de tracas et de soucis elle leur suscitait.

Eh bien, comment se fait-il que maintenant ces dispositions haineuses aient en grande partie disparu et aient fait place à des dispositions essentiellement différentes?

Cest quaujourdhui ces mêmes gouvernements, qui considéraient la presse comme un mal nécessaire quils étaient obligés de subir tout en le détestant, ont pris ce parti de chercher en elle une force auxiliaire et de sen servir comme dun instrument approprié à leur usage. Je ne cite cet exemple que pour prouver que dans des pays déjà fortement entamés par la révolution, une direction intelligente et énergique trouve toujours des esprits disposés à laccepter et à la suivre. Car, dailleurs, autant que qui que ce soit je hais, quand il sagit de nos intérêts, toutes ces prétendues analogies que lon va chercher à létranger: presque toujours comprises à demi, elles nous ont fait trop de mal pour que je sois disposé à invoquer leur autorité.

Chez nous, grâce au Ciel, ce ne sont pas absolument les mêmes instincts, les mêmes exigences quil sagirait de satisfaire; ce sont dautres convictions, des convictions moins entamées et plus désintéressées qui répondraient à lappel du Pouvoir.

En effet, malgré les infirmités qui nous affligent et les vices qui nous déforment, il y a encore chez nous dans les âmes (on ne saurait assez le redire) des trésors de bonne volonté intelligente et dactivité desprit dévouée qui nattendent, pour se livrer, que des mains sympathiques, qui sachent les reconnaître et les recueillir. En un mot, sil est vrai, comme on la si souvent dit, que lEtat a charge dâmes aussi bien que lEglise, nulle part cette vérité nest plus évidente quen Russie, et nulle part aussi (il faut bien le reconnaître) cette mission de lEtat na été plus facile à exercer et à accomplir. Cest donc avec une satisfaction, une adhésion unanimes, que lon verrait chez nous le Pouvoir, dans ses rapports avec la presse, assumer sur lui la direction de lesprit public, sérieusement et loyalement comprise, et revendiquer comme son droit le gouvernement des intelligences.

Mais, mon prince, comme ce nest pas un article semi-officiel que jécris en ce moment, et que, dans une lettre toute de confiance et de sincérité, rien ne serait plus ridiculement déplacé que les circonlocutions et les réticences, je tâcherai dexpliquer de mon mieux quelles seraient à mon avis les conditions auxquelles le Pouvoir pourrait prétendre à exercer une pareille action sur les esprits.

Dabord, il faut prendre le pays tel quil est dans le moment donné, livré à de très pénibles, de très légitimes préoccupations desprit, entre un passé rempli denseignements (il est vrai), mais aussi de bien décourageantes expériences, et un avenir tout rempli de problèmes.

Il faudrait ensuite, par rapport à ce pays, se décider à reconnaître ce que les parents, qui voient leurs enfants grandir sous leurs yeux, ont tant de peine à savouer, cest quil vient un âge où la pensée aussi est adulte et veut être traitée comme telle. Or, pour conquérir, sur des intelligences arrivées à lâge de raison, cet ascendant moral, sans lequel on ne saurait prétendre à les diriger, il faudrait avant tout leur donner la certitude que sur toutes les grandes questions, qui préoccupent et passionnent le pays en ce moment, il y a dans les hautes régions du Pouvoir, sinon des solutions toutes prêtes, au moins des convictions fortement arrêtées et un corps de doctrine lié dans toutes ses parties et conséquent à lui-même.

Non, certes, il ne sagit pas dautoriser le public à intervenir dans les délibérations du conseil de lEmpire, ou darrêter de compte à demie avec la presse le programme des mesures du gouvernement. Mais ce qui serait bien essentiel, cest que le Pouvoir fût lui-même assez convaincu de ses propres idées, assez pénétré de ses propres convictions pour quil éprouvât le besoin den répandre linfluence au dehors, et de la faire pénétrer, comme un élément de régénération, comme une vie nouvelle, dans lintimité de la conscience nationale. Ce qui serait essentiel en présence des écrasantes difficultés qui pèsent sur nous, cest quil comprît que sans cette communication intime avec lâme même du pays, sans le réveil plein et entier de toutes ces énergies morales et intellectuelles, sans leur concours spontané et unanime à lœuvre commune, le gouvernement, réduit à ses propres forces, ne peut rien, pas plus au dehors quau dedans, pas plus pour son salut que pour le nôtre.

En un mot, il faudrait que tous, public et gouvernement, nous ne cessassions de nous dire et de nous répéter que les destinées de la Russie sont comme un vaisseau échoué, que tous les efforts de léquipage ne réussiront jamais à dégager et que seule la marée montante de la vie nationale parviendra à soulever et à mettre à flot.

Voilà, selon moi, au nom de quel principe et de quel sentiment le Pouvoir pourrait en ce moment avoir prise sur les âmes et sur les intelligences, quil pourrait pour ainsi dire les mettre dans sa main et les emporter où bon lui semblerait. Cette bannière-là, elles la suivraient partout.

Inutile de dire que je ne prétends nullement pour cela ériger le gouvernement en prédicateur, le faire monter en chaire et lui faire débiter des sermons devant une assistance silencieuse. Cest son esprit et non sa parole quil devrait mettre dans la propagande loyale qui se ferait sous ses auspices.

Et même, comme la première condition de succès, dès quon veut persuader les gens, cest de se faire écouter deux, il est bien entendu que cette propagande de salut, pour se faire accueillir, bien loin de limiter la liberté de discussion, la suppose au contraire aussi franche et aussi sérieuse que les circonstances du pays peuvent la permettre.

Car est-il nécessaire dinsister pour la millième fois sur un fait dune évidence aussi flagrante que celui-ci: cest que de nos jours, partout où la liberté de discussion nexiste pas dans une mesure suffisante, là rien nest possible, mais absolument rien, moralement et intellectuellement parlant. Je sais combien dans ces matières il est difficile (pour ne pas dire impossible) de donner à sa pensée le degré de précision nécessaire. Comment définir par exemple ce que lon entend par une mesure suffisante de liberté en matière de discussion? Cette mesure, essentiellement flottante et arbitraire, nest bien souvent déterminée que par ce quil y a de plus intime et de plus individuel dans nos convictions, et il faudrait pour ainsi dire connaître lhomme pour savoir au juste le sens quil attache aux mots en parlant sur ces questions. Pour ma part, jai depuis plus de trente ans suivi, comme tant dautres, cette insoluble question de la presse dans toutes les vicissitudes de sa destinée, et vous me rendrez la justice de croire, mon prince, quaprès un aussi long temps détudes et dobservations cette question ne saurait être pour moi que lobjet de la plus impartiale et de la plus froide appréciation. Je nai donc ni parti pris, ni préventions sur rien de ce qui y a rapport; je nai pas même danimosité exagérée contre la censure, bien que dans ces dernières années elle ait pesé sur la Russie comme une véritable calamité publique. Tout en admettant son opportunité et son utilité relative, mon principal grief contre elle, cest quelle est selon moi profondément insuffisante dans le moment actuel dans le sens de nos vrais besoins et de nos vrais intérêts. Au reste la question nest pas là, elle nest pas dans la lettre morte des règlements et des instructions qui nont de valeur que par lesprit qui les anime. La question est tout entière dans la manière dont le gouvernement lui-même dans son for intérieur considère ses rapports avec la presse; elle est, pour tout dire, dans la part plus ou moins grande de légitimité quil reconnaît au droit de la pensée individuelle.

Et maintenant, pour sortir une bonne fois des généralités et pour serrer de plus près la situation du moment, permettez-moi, mon prince, de vous dire, avec toute la franchise dune lettre entièrement confidentielle, que tant que le gouvernement chez nous naura pas, dans les habitudes de sa pensée, essentiellement modifié sa manière denvisager les rapports de la presse vis-à-vis de lui, tant quil naura pas, pour ainsi dire, coupé court à tout cela, rien de sérieux, rien de réellement efficace ne saurait être tenté avec quelque chance de succès; et lespoir dacquérir de lascendant sur les esprits, au moyen dune presse ainsi administrée, ne serait jamais quune illusion.

Et cependant il faudrait avoir le courage denvisager la question telle quelle est, telle que les circonstances lont faite. Il est impossible que le gouvernement ne se préoccupe très sérieusement dun fait qui sest produit depuis quelques années et qui tend à prendre des développements dont personne ne saurait dès à présent prévoir la portée et les conséquences. Vous comprenez, mon prince, que je veux parler de létablissement des presses russes à létranger, hors de tout contrôle de notre gouvernement. Le fait assurément est grave, et très grave, et mérite la plus sérieuse attention. Il serait inutile de chercher à dissimuler les progrès déjà réalisés par cette propagande littéraire. Nous savons quà lheure quil est la Russie est inondée de ces publications, quelles sont avidement recherchées, quelles passent de main en main, avec une grande facilité de circulation, et quelles ont déjà pénétré, sinon dans les masses qui ne lisent pas, au moins dans les couches très inférieures de la société. Dautre part, il faut bien savouer quà moins davoir recours à des mesures positivement vexatoires et tyranniques, il sera bien difficile dentraver efficacement, soit limportation et le débit de ces imprimés, soit lenvoi à létranger des manuscrits destinés à les alimenter. Eh bien, ayons le courage de reconnaître la vraie portée, la vraie signification de ce fait; cest tout bonnement la suppression de la censure, mais la suppression de la censure au profit dune influence mauvaise et ennemie; et pour être plus en mesure de la combattre, tâchons de nous rendre compte de ce qui fait sa force et de ce qui lui vaut ses succès.

Jusquà présent, en fait de presse russe à létranger, il ne peut, comme de raison, être question que du journal de Herzen. Quelle est donc la signification de Herzen pour la Russie? Qui le lit? Sont-ce par hasard ses utopies socialistes et ses menées révolutionnaires qui le recommandent à son attention? Mais parmi les hommes de quelque valeur intellectuelle qui le lisent, croit-on quil y en ait 2 sur 100 qui prennent au sérieux ses doctrines et ne les considèrent comme une monomanie plus ou moins involontaire, dont il sest laissé envahir? Il ma même été assuré, ces jours-ci, que des hommes qui sintéressent à son succès lavaient très sérieusement exhorté à rejeter loin de lui toute cette défroque révolutionnaire, pour ne pas affaiblir linfluence quils voudraient voir acquise à son journal. Cela ne prouve-t-il pas que le journal de Herzen représente pour la Russie toute autre chose que les doctrines professées par léditeur? Or, comment se dissimuler que ce qui fait sa force et lui vaut son influence, cest quil représente pour nous la discussion libre dans des conditions mauvaises (il est vrai), dans des conditions de haine et de partialité, mais assez libres néanmoins (pourquoi le nier?), pour admettre au concours dautres opinions, plus réfléchies, plus modérées et quelques unes même décidément raisonnables. Et maintenant que nous nous sommes assuré où gît le secret de sa force et de son influence, nous ne serons pas en peine, de quelle nature sont les armes que nous devons employer pour le combattre. Il est évident que le journal qui accepterait une pareille mission ne pourrait rencontrer des chances de succès que dans des conditions dexistence quelque peu analogues à celles de son adversaire. Cest à vous, mon prince, de décider, dans votre bienveillante sagesse, si dans la situation donnée, et que vous connaissez mieux que moi, de pareilles conditions sont réalisables, et jusquà quel point elles le sont. Assurément ni les talents, ni le zèle, ni les convictions sincères ne manqueraient à cette publication; mais en accourant à lappel qui leur serait adressé ils voudraient, avant toute chose, avoir la certitude quils sassocient, non pas à une œuvre de police, mais à une œuvre de conscience; et cest pourquoi ils se croiraient en droit de réclamer toute la mesure de liberté que suppose et nécessite une discussion vraiment sérieuse et efficace.

Voyez, mon prince, si les influences qui auraient présidé à létablissement de ce journal et qui protégeraient son existence, sentendraient à lui assurer la mesure de liberté dont il aurait besoin, si peut-être elles ne se persuaderaient pas que, par une sorte de reconnaissance pour le patronage qui lui serait accordé et par une sorte de déférence pour sa position privilégiée, le journal quils considéreraient en partie comme le leur ne serait pas tenu à plus de réserve encore et à plus de discrétion que tous les autres journaux du pays.

Mais cette lettre est trop longue, et jai hâte de la finir. Permettez-moi seulement, mon prince, dy ajouter en terminant ce peu de mots qui résument ma pensée tout entière. Le projet que vous avez eu la bonté de me communiquer me paraîtrait dune réalisation, sinon facile, du moins possible, si toutes les opinions, toutes les convictions honnêtes et éclairées avaient le droit de se constituer librement et ouvertement en une milice intelligente et dévouée des inspirations personnelles de lEmpereur.

Recevez, etc.

Novembre, 1857

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Que jaimais à voir sur ses bords

Les frères guerriers de la Russie!

Parmi nous, ces enfants du Nord

Nétaient ils pas dans leur patrie?

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. ., 1886. .505528 ( . .). : ( , ) 2- . bien niais, 3- . lunité germanique, lair de travailler, 4- . et la Russie, le plus éclairé, leur ennemie personnelle, peu dincrédules, 8- . en ce moment, les plus acharnés, 9- . plus dune fois, ne sera quimaginaire, 14- . quil en attend, élaboration dun monde, Pierre le Grand, 15- . quelle représentait, a dû périr, linévitable solution, 28- . qui les distinguent, sans pudeur; 2- . Monde m ( ), 14- . Un Principe u p, 9- . Sacerdoce Moyen-Age s, m a ( Moyen-Age 3- 11- .); 21- . avec une pareille étroitesse de ses idées , 28- . qui les distinguent, 30- . cest impossible ; 24- . ( Ce nest pas certes du milieu réel dans lequel elle vit) , 26- . , , . , . 9- . ils sapprocheront les yeux toujours tournés, 1- . des ce moment suprême dans, 15- . la question dOrient la question de lOrient.

. ., 1886 ( , ) , (- , , , , ), . , 8- 19- . . ., 1886 acharnés () choc () passionnés () déchet () . comme dans ses tendances ( ) politique, votre nationalité ( [], ), 24- 26- . . ., 1886 , , , , . , . ., 1886 (21- .) la diplomatie russe sest exposée quelquefois à froisser dexcusables susceptibilités ( [ ]) la Diplomatie Russe est allée parfois jusquà froisser dexcusables susceptibilités ( , [ ]) . 22- . (1830. 1835. . ., 1886).

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. .201205 210217 ( . .). : lapothéose du moi lapothéose de moi (7- . I 1 La situation en 1849); 9- . pour y vivre pour vivre, 10- . . trop de, 17- . menacée sauver la société, 18- . . ; 2 2- . . comme recouvert avait classés comme le recours ce mirage que vit ce mirage vit, 3- . dédifier de faire . jamais; 3 1- . le sont plus assez le sont assez, 2- . les souverainetés locales les souverains locaux ne se servir dun de ses bras que ne se servir qun de ses bras; preti pretri (1- . III 2 LItalie); pour de la suprématie pour la suprématie (5- . IV 1 LUnité Allemande); le principe plastique le principe (14- . VI La Russie); . brisé (7- . VII 1 La Russie et Napoléon); . 8- . ( 1- 7- , ́ 4- , 8- , , ; le Pouvoir du Principe Révolutionnaire le pouvoir du principe révolutionnaire (4- . IX 2).

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